A peine destitué à la suite d'une crise bancaire au Paraguay, l'ancien président Santiago Peña a comparu samedi devant la justice pour s'expliquer sur ce scandale, au lendemain de l'investiture de son successeur, Pedro Alliana.
Président conservateur du Paraguay depuis 2023, proche allié de Washington, M. Peña, 47 ans, dont le mandat s'achevait en principe en 2028, a été destitué vendredi, après que le Sénat l'a reconnu à l'unanimité coupable de "mauvais exercice de ses fonctions", en lien avec la débâcle de la banque Ueno.
La crise bancaire, qui a rapidement viré à la crise politique, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle pour insolvabilité par la Banque centrale (BCP) d'une banque en ligne florissante ces dernières années, Ueno Bank.
L'intervention de la BCP a gelé les dépôts de près de trois millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont aussi été affectés.
Arrêté vendredi en raison de son implication présumée dans cette crise, M. Peña s’est présenté samedi au parquet général à Asunción pour y être entendu.
M. Peña y a fait une déposition dans le cadre de l'enquête ouverte à son encontre jeudi pour des faits présumés d’abus de confiance, de trafic d'influence et de gestion frauduleuse à des fins personnelles.
Le procureur Christian Benítez, chargé de l'enquête, a indiqué à la presse qu'il pourrait être inculpé dans la foulée.
Après sa destitution vendredi, Santiago Peña avait été assigné à résidence, puis transféré à une installation militaire pour des raisons de sécurité.
La télévision a montré trois camionnettes quittant la résidence présidentielle sous les insultes et les jets d'œufs. Les manifestants ont été dispersés par la police avec des tirs de balles en caoutchouc.
Le nouveau président, Pedro Alliana, 52 ans, a affirmé, devant le Sénat qui l'a investi, que "les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés".
- "En prison" -
Plusieurs centaines de personnes rassemblées à l'extérieur du parlement avaient accueilli la destitution de M. Peña par des cris de joie et des chants.
"Enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue !", s'est réjouie auprès de l'AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans. "Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison !".
Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l'ex-président d'avoir "permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel". Autrement dit, d'"avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés", selon le sénateur Adrián Vaesken.
M. Peña était avant même sa présidence et jusqu'à 2025 actionnaire de la holding financière propriétaire d'Ueno, ont rappelé des sénateurs.
- Lésés -
M. Peña avait présenté lui-même jeudi sa démission. Mais le Parlement l'avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution par le Sénat.
S'il l'avait acceptée, M. Peña serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d'une immunité parlementaire.
La crise bancaire au Paraguay a eu des ondes de choc multiples : en Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.
Et la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué à l'AFP une source interne ayant requis l'anonymat. [AFP]