Une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU a accusé lundi Israël de commettre des crimes contre l’humanité contre les Palestiniens en Cisjordanie, dont celui d’extermination, ainsi que des actes de tortures et des persécutions, tout en maintenant ses accusations de génocide à Gaza.
Israël a immédiatement rejeté les conclusions de ce rapport, par la voix de son ambassadeur à Genève qui a dénoncé une « tentative de détruire l’État juif » et de « nier son droit fondamental à exister ».
Créée en 2021, cette commission indépendante avait conclu l’an dernier qu’Israël commettait un « génocide » à Gaza, des accusations que les autorités israéliennes rejettent comme « mensongères » et « antisémites », tout comme les nouvelles accusations de crimes contre l’humanité en Cisjordanie.
Dans son nouveau rapport, publié juste avant les élections législatives israéliennes prévues mardi, la commission « conclut que les autorités et les forces israéliennes ont commis en Cisjordanie des crimes contre l’humanité d’extermination, de torture, de viol et d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que de persécution, fondés sur des motifs discriminatoires qui se recoupent, au cœur desquels figurent la nationalité, la race et l’appartenance ethnique ».
Le 4 septembre 2026, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme avait déjà accusé Israël d’avoir déplacé de force plus de 33 000 Palestiniens de trois camps en Cisjordanie au début de 2025, évoquant la possibilité d’un crime contre l’humanité et d’un nettoyage ethnique.
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. Plus de trois millions de Palestiniens y vivent, ainsi que 500 000 Israéliens dans des colonies illégales au regard du droit international, dans un climat de violence exacerbée de part et d’autre, qui s’est encore tendu à l’approche des législatives israéliennes.
Depuis les attaques commises par le Hamas palestinien sur le sol israélien le 7 octobre 2023, qui ont intensifié les attaques israéliennes à Gaza, l’expansion de la colonisation en Cisjordanie se manifeste par la rapide augmentation des créations d’« avant-postes ».
La commission de l’ONU souligne une forte dégradation de la situation en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023 : alors que six Palestiniens avaient été tués par des frappes aériennes entre 2008 et le 6 octobre 2023, 254 l’ont été entre le 7 octobre 2023 et le 30 septembre 2026.
« Diaboliser »
À Genève, la représentation israélienne auprès de l’ONU a dénoncé le rapport de la commission, affirmant dans un communiqué qu’il constitue « une nouvelle manifestation de sa campagne de désinformation visant à diaboliser l’État d’Israël et à présenter son existence même comme criminelle ».
« La tentative de détruire l’État juif ne s’est pas arrêtée en 1948. Elle se poursuit aujourd’hui à travers les efforts d’acteurs tels que la Commission d’enquête de l’ONU, qui cherchent à saper la légitimité d’Israël et à lui nier son droit fondamental à exister et à se défendre », a déclaré l’ambassadeur israélien Daniel Meron.
La représentation israélienne appelle la communauté internationale à exiger la « dissolution immédiate » de la commission d’enquête, dont l’ancienne présidente est la lauréate 2026 du prix Nobel de la paix, la juriste sud-africaine Navi Pillay.
Dans son nouveau rapport, la commission estime que les autorités israéliennes ont cherché à « punir collectivement » la population civile de Cisjordanie en réaction aux attaques du 7 octobre 2023 du Hamas.
Ainsi, selon la commission, Israël mène depuis cette date « une attaque généralisée et systématique contre les civils, au moyen d’opérations militaires renforcées par des violences persistantes de colons ».
Mais « les meurtres et les blessures infligés intentionnellement à des civils palestiniens, ainsi que la destruction de logements en Cisjordanie, conjugués au déni persistant de responsabilité d’Israël, s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à exterminer et à déplacer les Palestiniens et à leur imposer des conditions de vie insoutenables », a déclaré le nouveau président de la commission, l’Indien Srinivasan Muralidhar, cité dans un communiqué.
« Parallèlement, l’extension du contrôle territorial d’Israël à Gaza continue à causer des morts et des blessés chez les civils palestiniens qui s’approchent de la ligne jaune [qui délimite la zone sous contrôle des troupes israéliennes] ou la franchissent », a-t-il dénoncé.
Plus de 1500 Palestiniens ont été tués depuis la trêve d’octobre 2025, selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas, et dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.
Dans une décision retentissante en janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) avait appelé Israël à prévenir tout acte de génocide à Gaza, mettant en garde contre un « risque réel et imminent » de « préjudice irréparable » pour les Palestiniens.
Le rapport dénonce par ailleurs les violences de l’Autorité palestinienne contre des membres de groupes armés rivaux et la répression des opposants civils et politiques. Il lui reproche également de ne pas mener d’enquêtes rapides, efficaces et impartiales sur ces violences. [AFP]