Chantiers des JO-2024 en France : des sociétés de BTP jugées pour avoir exploité des ouvriers sans-papiers

Lundi 2 Février 2026

Des chantiers des JO-2024 en France

L'opacité du BTP sous la loupe de la justice: 24 personnes et trois sociétés comparaissent depuis lundi à Bobigny, soupçonnées d'avoir pris part à un vaste réseau employant illégalement des ouvriers maliens pour construire le village olympique de Paris-2024, l'un des derniers chantiers phares d'Île-de-France.

 

"Arrête le boulot et descends au sous-sol": Tidiane (prénom modifié) a raconté à l'AFP avoir passé, sur ordre de son chef, plus d'une heure caché sous les étages d'un des immeubles du village des athlètes dont il contribuait à la construction.

 

Ce 25 mars 2022, des agents de l'inspection du travail font un contrôle sur l'emblématique chantier en périphérie de Paris, à cheval sur les communes de Saint-Denis et Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

 

Le supérieur de Tidiane savait parfaitement que sa situation migratoire n'était pas en règle: ce chef de chantier avait proposé qu'il travaille sous l'identité de son grand frère, titulaire d'un permis de séjour français, reparti vivre au Mali.

 

L'enquête alors ouverte a mis au jour un vaste système de travail dissimulé qui opérait via une nébuleuse de sociétés, pour la plupart éphémères, selon un rapport de synthèse de la police consulté par l'AFP.

 

Les enquêteurs identifient Mehmet B. comme la tête du réseau, jouant l'intermédiaire entre toutes les entreprises sous-traitantes dirigées par des "gérants de paille" dont l'un, ouvrier sur le chantier, "ne sait ni lire ni écrire le français", signale le document.

 

Comme Tidiane, des centaines d'ouvriers ont été rémunérés au fil des mois "indifféremment par l'une ou l'autre des sociétés", précise le rapport.

 

L'ouvrier malien, accompagné par le syndicat CGT qui a permis la régularisation de sa situation migratoire, a témoigné à l'AFP n'avoir jamais eu ni contrat de travail ni fiche de paie.

 

Les ouvriers plaignants ont indiqué qu'ils ne viendraient pas à l'audience par peur de représailles.

 

C'est le groupe GCC qui s'était vu attribuer la construction de six immeubles du village des athlètes et la justice reproche à cette importante société du BTP français d'avoir manqué de vigilance dans le suivi de ses sous-traitants.

 

Trois cadres de cette entreprise, dont un directeur d'agence, sont poursuivis devant le tribunal correctionnel.

 

La majorité des autres prévenus qui comparaissent devant la justice "ont des liens familiaux ou sont originaires de la même province voire du même village en Turquie", notent les enquêteurs.

 

Le préjudice auprès de l'Urssaf de ce vaste réseau de travail dissimulé dépasse les 8 millions d'euros.

 

Le procès pour travail dissimulé en bande organisée, emploi d'étrangers sans titre légal de travail, blanchiment et abus de biens sociaux est prévu jusqu'au 20 février. [AFP]

 
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