La rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice, annoncée comme un accord clé par le Royaume-Uni, est désormais explicitement conditionnée à l’accord des États-Unis. Londres a reconnu que le processus ne peut aboutir sans une renégociation du traité de 1966 liant le Royaume-Uni à Washington, plaçant de facto la décision finale entre les mains de l’administration américaine.
Au cœur du dossier se trouve l’avenir de la base militaire conjointe de Diego Garcia, présentée par Downing Street comme « vitale pour notre sécurité nationale ». Le gouvernement britannique admet toutefois qu’il est impossible de ratifier l’accord « sans la coopération des États-Unis » pour revoir le cadre juridique existant. Une dépendance assumée qui fragilise un texte déjà plombé par des retards successifs.
Dans ce contexte, la position de Washington apparaît déterminante. Selon The Times, le leader de Reform UK, Nigel Farage, affirme que l’équipe du président américain Donald Trump « ne soutiendra pas l’accord de Keir Starmer sur les Chagos », estimant que le retour de l’archipel à Maurice « n’est pas dans leur intérêt ». Une analyse qui fait écho aux doutes désormais exprimés au sein même du gouvernement britannique.
Car après un soutien affiché l’an dernier, la Maison-Blanche a changé de ton. En février, lors d’une visite à Washington, Donald Trump assurait pourtant être « enclin à aller dans le sens de votre pays » et avoir « le sentiment que cela allait très bien se passer ». Mais la semaine dernière, le président américain a qualifié l’accord « d’acte de grande stupidité » sur sa plateforme Truth Social, provoquant une onde de choc à Londres comme à Port-Louis.
Sur le plan institutionnel, ce revirement a des conséquences immédiates. Le débat parlementaire prévu à la Chambre des Lords a été reporté après des avertissements sur un possible conflit avec le traité de 1966, qui consacre la souveraineté britannique sur l’archipel.
Jennifer Chapman, ministre d’État au Développement et à l’Afrique, députée de la circonscription de Darlington, a confirmé qu’aucune ratification n’était possible « sans que le droit interne pertinent et les arrangements internationaux soient en place ».
À cela s’ajoutent des contraintes de calendrier. Selon The Telegraph, la loi britannique impose un délai minimum de 21 jours de séance parlementaire entre la présentation d’un traité amendé et sa ratification. Même en cas de reprise rapide du processus, l’accord ne pourrait être formellement adopté « avant le 7 mars au plus tôt ».
La controverse nourrit enfin une forte pression politique interne. La secrétaire aux Affaires étrangères du cabinet fantôme, Priti Patel, dénonce une « reddition des Chagos à 35 milliards de livres », accusant le gouvernement de « tromper le public et le Parlement » et de mettre en danger la sécurité nationale. Face à ces critiques, Downing Street assure que le projet est « pleinement conforme au droit international » et affirme que responsables britanniques et américains « continuent de travailler ensemble » pour garantir l’avenir de la base de Diego Garcia.
L’accord de 1966 autorise les États-Unis, via un accord avec le Royaume-Uni, à utiliser l’archipel des Chagos à des fins militaires, notamment l’île de Diego Garcia, après son détachement de Maurice en 1965.
L’archipel des Chagos, également appelé îles Chagos, est un ensemble de sept atolls regroupant plus de 60 îles, situées dans l’océan Indien, à environ 500 kilomètres au sud des Maldives.
À la fin du XVIIIᵉ siècle, la France a pris le contrôle de l’archipel des Chagos ainsi que des Seychelles, en tant que dépendances de l’île Maurice. Des esclaves originaires de pays africains y ont alors été transférés pour travailler dans les plantations de cocotiers.
En 1814, après la défaite de Napoléon, la Grande-Bretagne s’est emparée de ces territoires, dont Maurice, en vertu du traité de Paris.
En 1965, le Royaume-Uni a détaché l’archipel des Chagos de Maurice, une décision que Port-Louis affirme avoir été imposée en échange de l’indépendance accordée en 1968.
Depuis, Diego Garcia, la plus grande île de l’archipel, abrite une base militaire conjointe Royaume-Uni–États-Unis, dont l’installation a entraîné le déplacement forcé d’environ 2 000 habitants. [AA]