Immobilisé depuis dimanche près du Cap-Vert, dans l'Atlantique, en raison d'un foyer d’hantavirus à bord, un navire de croisière demeurait mardi en quête d’un port où accoster en vue de la prise en charge de ses quelque 150 passagers.
Ce navire, le MV Hondius, qui reliait Ushuaïa, en Argentine, à l'archipel du Cap-Vert avec actuellement à bord 88 passagers et 59 membres d'équipage de 23 nationalités, a déjà enregistré trois décès parmi les passagers, un couple de Néerlandais et une Allemande, selon l'OMS.
Depuis dimanche, il mouille près du port de Praia, la capitale capverdienne, mais n'a toutefois pas été autorisé à y accoster. Il attendait mardi un éventuel feu vert de l'Espagne pour faire escale aux Îles Canaries.
Selon l'OMS, Madrid aurait donné son aval pour accueillir le bateau notamment "pour qu'une enquête épidémiologique complète puisse être menée", mais le ministère espagnol de la Santé a indiqué peu après n'avoir encore pris aucune décision en ce sens.
"En fonction des données épidémiologiques qui seront recueillies sur le navire lors de son passage par le Cap-Vert, il sera décidé quelle escale est la plus pertinente. D’ici là, le ministère de la Santé n'adoptera aucune décision", a écrit le ministère sur X.
L'hantavirus, maladie généralement transmise à l'homme par les rongeurs, avait été confirmé une première fois chez un Britannique qui a été débarqué du bateau le 27 avril de l'Île de l'Ascension (Royaume-Uni) et transféré à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Mardi, l'OMS a indiqué avoir pu confirmer à ce jour un cas supplémentaire d'hantavirus, pour un bilan revu à deux cas confirmés et cinq autres suspects.
A ce stade, l'organisation suppose qu'un ou des premiers cas "ont été infectés en dehors du navire" par le virus et qu'il y a eu ensuite "une transmission interhumaine", a déclaré aux journalistes Mme Van Kerkhove, précisant que l'OMS avait été informée qu'il n'y avait "pas de rats à bord".
Toutefois, a-t-elle précisé, il faut que des individus soient vraiment très proches pour une contamination. "Le risque pour le grand public est faible. Il ne s'agit pas d'un virus qui se propage comme la grippe ou le Covid-19. C'est très différent", a-t-elle expliqué.
- "Symptômes gastro-intestinaux" -
Après le cas d'un Britannique, l'organisation a pu confirmer lundi la contamination d'une passagère néerlandaise de 69 ans, décédée le 26 avril.
Cette dernière avait été débarquée sur l'île de Sainte-Hélène (Royaume-Uni) le 24 avril avec le corps de son mari de 70 ans décédé le 11 avril après avoir "présenté des symptômes de fièvre, de maux de tête et de diarrhée légère à bord". Aucun test microbiologique n'avait alors été effectué sur cet homme.
Son épouse, après avoir à son tour présenté "des symptômes gastro-intestinaux", a embarqué le 25 avril par avion pour Johannesburg où elle a été hospitalisée avant son décès le lendemain.
Des recherches ont été lancées pour "retrouver les passagers" du vol Sainte-Hélène/Johannesburg emprunté par cette Néerlandaise, a ajouté l'OMS, précisant que le couple avait voyagé en Amérique du Sud, notamment en Argentine, avant le départ initial du bateau le 1er avril.
Sur le bateau, opéré par le croisiériste néerlandais Oceanwide Expeditions, des équipes médicales sont venues à bord ces derniers jours pour examiner les personnes malades. Parmi les cinq cas considérés comme suspects, figurent au moins deux membres d'équipage britannique et néerlandais, selon l'OMS.
"Deux patients se trouvent encore à bord du navire et sont prêts à être évacués par voie médicale vers les Pays-Bas pour y être soignés", a ajouté Mme Van Kerkhove.
Selon elle, le variant du virus n'a pas encore été identifié. "Le séquençage est actuellement en cours chez les Sud-Africains et nous espérons obtenir un résultat prochainement", a-t-elle déclaré, ajoutant toutefois que l'"hypothèse de travail" était celle d'un virus des Andes, le seul hantavirus connu pour lequel une transmission interhumaine limitée entre contacts a été documentée selon l'OMS.
Les passagers sont confinés dans leurs cabines et l'OMS dit travailler "pour coordonner les actions visant à assurer la sécurité et la santé de toutes les personnes à bord, tout en limitant la propagation ultérieure".
A Londres, un porte-parole a indiqué que Downing Street collaborait avec le gouvernement néerlandais et les autorités de plusieurs pays en vue de "l’organisation de l’évacuation sanitaire de passagers malades, dont un ressortissant britannique". [AFP]