CAN 2025 - Quand la passion du titre vire à la dictature

Jeudi 22 Janvier 2026

Quand le trône défie le terrain, le sport s'efface devant la raison d'État. La finale de la CAN 2025 restera comme l’illustration parfaite du danger d’une instrumentalisation politique venant se heurter à la glorieuse incertitude du football.

 

Quelle équipe détesterait remporter la Coupe d’Afrique des nations (CAN), de surcroit quand elle est organisée chez elle après avoir mobilisé des énergies et des moyens inestimables ? Quel pays n’aimerait pas rehausser son prestige sur la scène internationale en regardant ses joueurs et son peuple soulever la plus belle compétition sportive organisée sur le continent ? Quel Etat assez insouciant et inconscient ne profiterait pas des avantages inestimables qu’offre le soft-power à ceux qui savent s’en servir pour le mettre au service de ses ambitions internationales ?

Trois questions qui renvoient naturellement aux conditions particulières dans lesquelles s’est terminée la 35e édition de la CAN organisée par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. En même temps, ces interrogations suggèrent l’existence de « risques » tapis derrière un tel rendez-vous qui exige préparation optimale, moyens colossaux, organisation millimétrée et maîtrisée, infrastructures efficaces et parfaites, etc. 

 

Le modèle marocain 

 

L’Histoire secrète de cette CAN-2025 souvent controversée (essentiellement au niveau de l’arbitrage) nous sera peut-être racontée un jour. Mais pour l’instant, il sied de retenir - en les saluant - les efforts gigantesques déployés par le Maroc pour la rendre fraternelle, belle, festive.

Le Royaume chérifien a pris sur lui d’offrir à l’Afrique une compétition remarquablement mise en musique grâce à un savoir-faire organisationnel, technologique et opérationnel digne des standards mondiaux les plus enviables. C'est tout à son honneur. Lancé depuis 2015 sur l’autoroute de l’organisation de la Coupe du monde 2030 aux côtes de ses co-organisateurs ibériques que sont l’Espagne et le Portugal, le Royaume s’est opportunément payé à titre onéreux un échauffement qui lui serait d’une grande utilité pour accueillir un événement encore plus exigeant. 

 

Mais la Coupe du monde de football, ce n’est pas la CAN. Dans ce cadre, il est improbable de voir se reproduire des événements-terrains à l’origine du grand choc de la finale entre le Sénégal et le Maroc ou de faits survenus avant même l’ultime rencontre du tournoi. D’où la rage de constater que l’Afrique du football en est encore à subir certaines imperfections de type arbitral qui saccagent en douce la crédibilité de la Confédération africaine de football (CAF) et de toutes ses instances. A ce titre, il est légitime de dénoncer les opacités cultivées par l’instance continentale, en particulier sur les changements nocturnes d’arbitres concernant certains matches de la compétition… 

 

Frustration et amertume 

 

Le sentiment le plus puissant et le plus désolant qui se dégage de cette 35e édition de la CAN est que le Maroc ne semble avoir jamais envisagé de ne pas être sacré champion d’Afrique au soir du 18 janvier 2026, dans son stade et devant son peuple.

La traduction la plus politique de cette arrogance est
le double refus obstiné du prince Moulaye Rachid de toucher pleinement la coupe encore moins de la remettre en mains propres au capitaine de l’équipe vainqueur, le Sénégalais Kalidou Koulibaly. Ce mépris inattendu infligé au verdict de la compétition continentale phare par une figure respectable du Royaume chérifien - surnommé le « Prince rouge » -  a heurté bien des Africains et des militants et amoureux du football.

Si la frustration peut être compréhensible à ce moment de défaite, si l’amertume du sacre manqué peut avoir ses effets, elles n’autorisent pas forcément à s’humilier soi-même devant un monde sportif planétaire attentif à ce qu’il se passe en Afrique.  

 

« Je gagne ou je gagne »

 

Si le football est un formidable incubateur pour faire émerger des infrastructures de développement - moyens de transport modernes et industrie du tourisme par exemple - qui impactent de manière positive les populations dans leur vie quotidienne, il portera éternellement en lui ce que Roger Chabaud appelait superbement « la glorieuse incertitude du sport ».

Sous cet angle, le Maroc a acquis des compétences et une expérience d’envergure profitables aux pays du continent qui en auraient bien besoin. Les ambitions transatlantiques clairement affichées par les autorités royales marocaines vont d’ailleurs dans ce sens.

Mais faudrait-il que ces atouts et cette disponibilité aux partenariats inter-africains - si pertinents soient-ils - soient agrémentés d’un « royal decree » qui serait l’équivalent du fameux « je gagne ou je gagne »? Assurément non ! 

 

C’est ici que pointe le danger d’une politisation démesurée : quand les plans concoctés en coulisses se fracassent sur la réalité du terrain, l’effroi de l’échec mène au déni. Le scandale de la finale Sénégal-Maroc en est l’instant fatal. Que tout futur pays organisateur en tire leçon : le football ne se décrète pas, il se joue.

 
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