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Boubacar Boris Diop : et si nous ouvrions la réflexion ? (Par Sakomady KEÏTA)

Mardi 20 Octobre 2026

Boubacar Boris Diop

"Waxtaan ñam la ku ko teewe ca nga." (La conversation est un repas, celui ou celle qui se trouve là y participe.)

 

Ce message sera long... Que dis-je ? "Ce repas" sera très long.

 

Pendant très longtemps, les livres que j’ai lus m’ont suffi. Par timidité. Par peur de déranger aussi. Les écrivains appartenaient à leurs livres et leurs livres me suffisaient. Je pouvais les lire, les quitter, revenir vers eux. Je n’éprouvais pas le besoin de rencontrer celles et ceux qui les avaient écrits.

 

Avec Boubacar Boris Diop, quelque chose s’est déplacé. Il y eut d’abord les livres. Puis l’homme. Je ne saurais dire exactement à quel moment le lecteur que j’étais a commencé à vouloir regarder derrière les pages. Je sais seulement qu’un jour la rencontre eut lieu. Depuis, les lectures, les conversations, les échanges, les silences parfois, ont prolongé ce que les livres avaient commencé.

 

Certains écrivains écrivent des livres. D’autres deviennent des écoles. Boubacar Boris Diop est de ceux-là. Il est, à mes yeux, l’école des écoles. Car lire Boubacar Boris Diop, ce n’est pas seulement suivre une histoire. C’est aussi accepter de regarder ce que l’on préférerait, parfois, ne pas voir. Je pense à "Murambi,le livre des ossements" au génocide des Tutsi au Rwanda, à la mémoire et aux responsabilités humaines.

 

Deux mois après le début du génocide des Tutsi au Rwanda, la Coupe du monde de football s’ouvrait aux États-Unis et accaparait une grande part de notre attention, tandis que les massacres se poursuivaient. Avec ce texte de Boubacar Boris Diop, ici, là-bas et ailleurs, plus rien ne pourra nous couper du monde.

 

Je pense aussi à "Bàmmeelu Kocc Barma", écrit en wolof, puis traduit par Boubacar Boris Diop en français sous le titre" Un tombeau pour Kinne Gaajo". Le drame du Joola, ses morts, les familles endeuillées, les questions de justice et de responsabilité. Pas de la responsabilité des autres. Celle de chacun de nous, d’abord.

 

Comment la littérature peut-elle accueillir une telle tragédie ? Comment raconter sans trahir ? Comment empêcher que l’oubli ne s’ajoute au drame ? Et comment un écrivain peut-il, par son travail, nous obliger à revenir sur notre histoire, nos silences et nos responsabilités ? Voilà aussi ce que j’entends lorsque je parle de l’école des écoles.

 

Depuis son adolescence,  Boubacar Boris Diop écrit. De ce que mes recherches m’ont permis de découvrir de son premier texte, "La Cloison", aujourd’hui perdu, jusqu’à "Un tombeau pour Kinne Gaajo", je retrouve dans son parcours une fidélité à certaines interrogations : l’histoire, la mémoire, la justice et la responsabilité humaine.

 

La littérature, le journalisme, l’enseignement, le Rwanda, son travail pour le wolof et les langues africaines, ses interventions dans les universités : autant de dimensions d’un parcours qui ne saurait se réduire à une succession de livres ou de distinctions.

 

Son œuvre circule au Sénégal, en Afrique et bien au-delà. De la Médina, en compagnie de feu Ousseynou Bèye,de feu Chacun et des autres,à Bogotá, en passant par Oklahoma, Boubacar Boris Diop a porté le Sénégal, l’Afrique, le monde et le monde littéraire. Certes. Mais pas que.

 

Car ce qui m’intéresse également, c’est ce que son parcours nous dit de la connaissance, de la transmission et de notre rapport à nous-mêmes. Là se niche incontestablement l’une des raisons de la solide alliance entre Ngugi wa Thiong’o et Boubacar Boris Diop.

 

Je me souviens d’une réunion Zoom le 8 juin 2024, avec Ngugi wa Thiong’o,Boubacar Boris Diop, Aminata Traoré et d’autres, et nous autres, jeunes et moins jeunes Africanophones. Ils nous ont renouvelé et raffermi le sens de notre contribution. Peu importe sa nature. Peu importe son intensité. A mes yeux, Francis Kéré exprime, aussi, au travers de son travail d'architecte une certaine idée du panafricanisme.

 

Écrire en wolof, traduire, publier, défendre la capacité de nos langues à porter la littérature, la science et la pensée :ce n’est pas seulement une affaire de choix linguistique. C’est aussi une manière de nous interroger sur la place que nous accordons à nos langues, à nos savoirs et à nos imaginaires. Une manière de remettre en question certaines évidences que nous avons parfois cessé d’interroger.

 

Les reconnaissances sont venues. Nationales. Continentales. Internationales. Parmi elles, le prestigieux prix international Neustadt de littérature, reçu en 2022, l’une des plus importantes distinctions littéraires internationales. Le prix Nobel de littérature, lui, ne figure pas parmi ses distinctions. Et alors ? Lii sunu kanam rawul i gët...

 

Un Nobel ajouterait sans doute un éclat particulier à une œuvre déjà reconnue. Ici, là-bas et ailleurs. Mais cette œuvre n’a pas attendu Stockholm pour exister,ni pour nous faire penser.

 

Questions : pourquoi faudrait-il attendre une consécration venue d’ailleurs pour réfléchir nous-mêmes à la manière d’honorer celles et ceux qui ont contribué à enrichir notre patrimoine intellectuel et spirituel ? Et pourquoi attendons-nous si souvent leur disparition pour leur rendre hommage ?

 

En cette année 2026,Boubacar Boris Diop célèbre ses quatre-vingts ans. Quatre-vingts ans. Mach’Allah. ما شاء الله. Yal na Yàlla xeeb dolli. Amiin Yaa Rabbi. آمين يا رب.

 

Une vie d’écriture, de réflexion, d’engagement et de transmission. Ousseynou Bèye m’a raconté une rencontre, à Thiès, entre Boubacar Boris Diop et des enfants. Personne ne peut mesurer l’enthousiasme qui s’est échappé de cet échange.

 

Dans son ouvrage "Doomi Golo" Bubakar Bòris Jóob écrit ceci : "Gone mat naa bàyyi cim réew"

 

Dans ce texte librement traduit par Boubacar Boris Diop  sous le titre "Les petits de la guenon »,  nous retrouvons ce mot : "Malheur au peuple qui ne sait plus écouter ses petites filles..."

 

Retenons. Une œuvre qui continue de se construire. N’est-ce pas une occasion de nous interroger sur la reconnaissance de nos grandes figures intellectuelles de leur vivant ?

 

L’idée que je souhaite soumettre aujourd’hui ne m’est pas venue à l’occasion de cet anniversaire. Elle existait déjà. Au début du mois de Janvier 2026, j’ai entrevu une occasion de lui donner une place dans une réflexion plus large. Quelques semaines ont passé.

 

Au mois de Mars, j’ai lancé cette idée : Pourquoi l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis ne porterait-elle pas un jour le nom de Boubacar Boris Diop ?

 

L’idée est lancée. À ce jour, elle n’a aucune matérialité. Elle existe seulement par les mots. Aujourd’hui, elle demeure ce qu’elle était au départ : une idée. Mais les mois ont passé. Et avec eux sont venues des questions que je ne peux plus, je ne peux pas et je ne veux pas esquiver.

 

Car proposer le nom de Boubacar Boris Diop ne peut signifier effacer celui de Gaston Berger. Un nom n’est pas une étiquette que l’on décolle d’un mur pour en coller une autre. Une université a une histoire. Elle a ses enseignants, ses personnels, ses anciens, ses étudiants. Des générations ont prononcé son nom, l’ont inscrit sur leurs diplômes, l’ont associé à une partie de leur vie. Gaston Berger lui-même mérite mieux qu’un effacement sans réflexion.

 

Philosophe, penseur de la prospective et de l’avenir, il a consacré une part importante de son travail à la réflexion sur l’homme, la connaissance et le devenir des sociétés. Son nom porte donc lui aussi une histoire intellectuelle qui mérite d’être connue et discutée.

 

Il faut également saluer toutes les promotions d’étudiantes et d’étudiants, toutes les femmes et tous les hommes qui ont contribué à construire cette université et à lui donner son rayonnement. Pourquoi, alors, avoir pensé précisément à l’Université Gaston-Berger ? La question mérite une réponse.

 

D’abord parce que Boubacar Boris Diop y a enseigné. Parce que Boubacar Boris Diop est aussi un enfant de Saint-Louis. Il existe donc un lien entre son parcours et cette institution. Mais ce n’est pas tout.

 

Là, je vais parler wolof… À mes yeux, l’hommage envisagé devrait être à la hauteur de la place qu’occupe son œuvre au Sénégal, en Afrique et dans le monde.

 

Mooy njukkal bi méngoo ak taxawaayu Boubacar Boris Diop ci Senegaal, ci Afrig, ci àdduna. Un hommage à la mesure de son rayonnement.

 

Voilà l’esprit dans lequel cette idée est née. Cela ne signifie pas que le choix de l’Université Gaston-Berger s’impose. Encore moins que son nom actuel devrait disparaître sans discussion. Bien au contraire. Plus l’hommage envisagé est important, plus les questions qu’il soulève méritent d’être examinées.

 

À partir de là, ma question initiale en appelle une autre : Comment nommons-nous nos universités, nos bibliothèques, nos amphithéâtres, nos institutions ? Selon quelles règles ? Qui décide ? Que voulons-nous transmettre lorsque nous donnons à un lieu de savoir le nom d’une femme, d’un homme ou d’un enfant ? 

 

La question n’est ni nouvelle ni propre au Sénégal. L’Université Cheikh Anta Diop porte un nom. L’Université Joseph Ki-Zerbo en porte un autre. L’Université Yambo Ouologuem également. Au Ghana, la Kwame Nkrumah University of Science and Technology nous offre un autre exemple. Son histoire m’intéresse particulièrement.

 

En 1961, l’établissement de Kumasi a reçu le nom de Kwame Nkrumah, alors que celui-ci était encore vivant. Ce nom lui a ensuite été retiré en 1966, avant d’être rétabli plusieurs décennies plus tard. Ce parcours nous rappelle que le nom d’une université peut aussi être traversé par l’histoire politique d’un pays. Il montre qu’un hommage du vivant est possible. Waaye, il montre également qu’une dénomination institutionnelle n’est jamais un geste anodin.

 

Ces exemples ne sont pas nécessairement comparables. Justement. Ils ne répondent pas à notre question. Ils obligent à mieux la poser. Donner un nom à une institution nouvelle, changer le nom d’une institution existante et remplacer celui d’une personnalité déjà honorée ne sont pas des actes identiques.

 

Et pourquoi faudrait-il nécessairement donner à une université le nom d’une personnalité ? Un nom géographique, historique ou attaché à une mission de savoir ne pourrait-il pas, lui aussi, porter une mémoire commune ? Selon quelles règles une société décide-t-elle qu’un nom mérite d’être attaché à une institution de savoir ? À quel moment ? Selon quels critères ? Et que signifie cet acte de transmission pour les générations qui viennent ?

 

Car une université n’est pas seulement un ensemble de bâtiments. C’est un lieu où l’on cherche, où l’on apprend, où l’on transmet, où l’on confronte des idées. Et un lieu où l’on devrait aussi apprendre à penser par soi-même. De ce point de vue, l’œuvre de Boubacar Boris Diop me semble offrir une matière particulièrement riche.

 

L’histoire. Les langues. La littérature. La mémoire. La vérité. Les responsabilités individuelles et collectives. Les rapports entre l’Afrique et le reste du monde. Mais, entre Mars et aujourd’hui, un autre événement m’a obligé à approfondir encore cette interrogation.

 

Il y eut l’entretien accordé par Boubacar Boris Diop à www.impact.sn. Puis la polémique. Neuf textes furent publiés autour de cette affaire. Je me suis plongé dans leur lecture, avant de prendre mes distances avec cette succession de réactions, tant leur coloration partisane me paraissait parfois prendre le pas sur l’examen des propos eux-mêmes. 

 

Je ne cherchais pas à savoir quel camp avait raison. Mon idée est personnelle. Je voulais comprendre ce qui avait été dit, revenir aux mots, à leur sens, à leur contexte. Cette séquence m’a rappelé une évidence : honorer un intellectuel vivant, c’est accepter qu’il soit précisément… vivant.

 

Il parle. Il écrit. Il intervient dans la cité. Il peut déranger. Il peut être discuté. Contesté. Défendu. Et plusieurs dimensions peuvent habiter le même homme. Sans aucune frontière artificielle.

 

Le citoyen. L’intellectuel. L’écrivain. Trois kaftans qui habillent le même homme. Faut-il être d’accord avec toutes les paroles d’un écrivain pour reconnaître la place de son œuvre ? Une université qui porte le nom d’une personnalité adopte-t-elle chacune de ses opinions ? À l’inverse, peut-on séparer entièrement l’œuvre de celui qui intervient dans la cité ?

 

Je ne veux pas évacuer ces questions. Elles appartiennent à la réflexion. Elles nous obligent à distinguer la reconnaissance d’une œuvre de l’adhésion à toutes les positions publiques de son auteur. Et c’est ici que le désaccord peut devenir fécond. Celui qui ne pense pas comme moi peut m’ouvrir un autre monde. Il peut me montrer ce que je ne vois pas. M’amener à examiner une objection que j’avais négligée. Me conduire à déplacer ma propre pensée. Encore faut-il accepter de l’écouter.

 

Ouvrir une réflexion, ce n’est pas réunir des personnes pour qu’elles nous donnent raison. C’est accepter que leurs arguments puissent nous conduire ailleurs que là où nous pensions aller. Et peut-être est-ce justement pourquoi l’idée lancée en mars mérite aujourd’hui d’être déplacée sur la place publique.

 

À ma modeste place d’apprenti lecteur, je ne veux plus seulement demander : "Pourquoi pas Boubacar Boris Diop à la place de Gaston Berger ?"

 

Je voudrais poser une question plus large : Comment le Sénégal choisit-il les femmes et les hommes dont il transmet le nom à ses institutions de savoir ? Quels critères retenons-nous ? Attendons-nous leur disparition ?

 

Quelle place accordons-nous aux écrivains, aux chercheurs, aux scientifiques, aux enseignants, aux femmes et aux hommes qui ont contribué à faire penser notre pays ? Quelle place accordons-nous aux étudiants eux-mêmes dans cette mémoire ?

 

Je ne connais pas encore toutes les réponses. Cela ne me gêne pas. Je n’ai pas tout compris. Cela ne m’a jamais gêné. Pourquoi ? Parce que j’aime revenir aux livres.

 

Aujourd’hui, je veux aussi revenir à ma propre idée pour l’interroger. Pourquoi Boubacar Boris Diop ? Pourquoi une université ? Pourquoi l’Université Gaston-Berger ? Pourquoi maintenant ? Et pourquoi faudrait-il nécessairement remplacer un nom par un autre ?

 

Une université, une bibliothèque, une chaire, un amphithéâtre ou une institution nouvelle ne peuvent-ils pas offrir d’autres manières d’inscrire une œuvre dans notre mémoire collective ? Et au-delà des noms, que faisons-nous concrètement pour que ces œuvres soient lues, étudiées, traduites et transmises ?

 

Une chaire vivante, une bibliothèque, des programmes de recherche et de traduction ne peuvent-ils pas contribuer, eux aussi, à faire vivre cette mémoire ?

 

Je pose ces questions précisément parce que je continue à penser que Boubacar Boris Diop mérite cette réflexion. Ses quatre-vingts ans nous offrent une occasion de la mener. Mais une occasion n’est pas une obligation.

 

Et si l’idée devait un jour cheminer, elle ne pourrait le faire sans les femmes et les hommes qui connaissent cette université, son histoire, ses réalités et ses attachements. Il faudrait écouter ceux qui y enseignent, ceux qui y travaillent, ceux qui y étudient et ceux qui en sont sortis. Il faudrait aussi entendre ceux qui estimeraient que le nom de Gaston Berger doit demeurer. Une objection argumentée n’est pas un obstacle à contourner. Elle fait partie de la réflexion.

 

Il faudrait également comprendre les réalités institutionnelles, les procédures, les responsabilités des autorités compétentes et les conséquences d’une telle décision.

 

Depuis Paris, je peux réfléchir, lire, chercher, documenter, échanger. Mais je sais aussi que certaines réalités sénégalaises m’échappent. Qu’est-ce que je ne vois pas depuis Paris ?

 

Cette question, je veux continuer à me la poser. Car je ne souhaite ni imposer une idée, ni provoquer une querelle, ni transformer un hommage en affrontement.

 

Mbokk yi ! Mbokk yi ! Une chose doit être dite clairement. Boubacar Boris Diop n’est demandeur de rien. Boubacar Boris Diop n’est pas au courant de mon initiative. Cette réflexion est la mienne. Je ne parle ni en son nom ni à sa place. Je ne demande pas que l’on décide aujourd’hui ce qui devrait porter son nom demain. Et si une proposition devait un jour prendre forme, sa propre volonté ne pourrait être ignorée.

 

Je souhaite ouvrir une discussion. Une discussion qui dépasse même Boubacar Boris Diop. Peut-être avons-nous besoin, à l’échelle nationale, de réfléchir à la manière dont nous nommons les lieux où se fabrique et se transmet le savoir. À ceux que nous choisissons de faire entrer dans notre mémoire commune. À ceux que nous oublions. À ceux que nous célébrons seulement lorsqu’ils ne peuvent plus nous entendre.

 

Il y a là une autre question : celle de la postérité. Mais la postérité ne commence-t-elle qu’après la mort ? Un écrivain peut consacrer sa vie à son travail sans se préoccuper de la place qu’il occupera dans la mémoire des générations futures. La société, elle, peut légitimement s’interroger sur ce qu’elle souhaite transmettre. Non pour satisfaire une ambition personnelle. Non pour distribuer des couronnes. Mais pour dire aux générations qui viennent : voici des œuvres, des parcours, des interrogations qui méritent de ne pas être oubliés.

 

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs les ministres chargés de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation nationale, Mesdames et Messieurs les responsables de l’Université Gaston-Berger,

 

Chères étudiantes, chers étudiants de l’UGB, Chers enseignants, chercheurs, personnels administratifs et techniques, anciennes et anciens de cette université, Mesdames et Messieurs les responsables des institutions universitaires, Chères Concitoyennes, chers Concitoyens,

 

C’est à cette réflexion que je nous invite. Non pour obtenir une réponse déjà écrite. Mais pour chercher, ensemble, les questions qui méritent d’être posées. Je voudrais simplement déposer cette question dans l’espace public.

 

J’entends une autre question, plus embarrassante, qui me revient. Qui suis-je pour vous proposer cette réflexion ? Franchement, cette question, pour moi ou un autre, ne m’intéresse pas. Cependant, je vais y répondre.

 

Je pourrais chercher des titres. Je pourrais chercher une légitimité. Je suis un apprenti lecteur. Un citoyen. Un homme à qui les livres ont beaucoup donné et qui, un jour, a eu une idée. Cela dit, billaay, ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est ce dialogue "soul to soul". Qu’il soit humain ou livresque. 

 

Dans son ouvrage "De l'âme" François Cheng le dit mieux : "L’âme est la marque indélébile de l’unicité de chaque personne. Elle permet de reconnaître la valeur intrinsèque de tout être, même le plus humble, même le plus insignifiant."

 

Alors, alors je la pose ici. Comme on lance un dé.

 

Mahmoud Darwich, dans son texte  "Le Joueur de dés" a trouvé des mots qui m’accompagnent.

 

Je vous les confie :

 

"Qui suis-je pour vous dire

Ce que je suis en train de vous dire ?

Moi qui ne suis pas un galet que les eaux ont tant poli

Qu’il en est devenu une figure,

Ni un roseau que les vents ont tant percé

Qu’il en est devenu une flûte…

Je suis le joueur de dés :

Tantôt je gagne, tantôt je perds.

Je suis comme vous,

Ou peut-être un peu moins…"

(Mahmoud Darwich, Le Joueur de dés, traduction de Jalel El Gharbi.)

 

Une fois lancé, le dé ne vous appartient plus tout à fait. À d’autres maintenant de le regarder rouler, de discuter la mise, de contester la règle du jeu ou d’en proposer une autre. Je n’attends pas que mon idée gagne. Je souhaite qu’elle fasse penser. Et si, finalement, la réponse devait être non ?

 

Alors ce non lui-même, pour peu qu’il soit pensé, discuté et argumenté, aurait déjà donné à cette idée une partie de son sens.

Tawféex.

 

Sakomady KEÏTA

 
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