Aymeric Caron : « La loi Yadan vise à criminaliser toute critique d’Israël »

Jeudi 16 Avril 2026

Le député français Aymeric Caron

Le député Aymeric Caron s’oppose fermement à la proposition de loi portée par Caroline Yadan, estimant qu’elle vise à restreindre la critique de la politique israélienne.

 

Interrogé par Anadolu, le député Révolution écologique pour le vivant (REV) affirme être « totalement opposé à cette proposition de loi Yadan », qu’il décrit comme un texte ayant « un seul but en réalité : criminaliser toute parole critique à l’égard d’Israël ». Selon lui, « plusieurs articles prennent des angles différents, mais tous ont le même objectif ».

 

Ce texte, officiellement intitulé « proposition de loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », prévoit notamment un élargissement de certaines incriminations pénales liées aux discours jugés hostiles, dans un contexte de fortes tensions autour du conflit israélo-palestinien.

 

Le parlementaire inscrit cette initiative dans un contexte politique plus large, marqué par les prises de position sur la guerre à Gaza. « Il s’agit notamment de s’attaquer à des gens qui, depuis plus de deux ans et demi maintenant, dénoncent le génocide en cours à Gaza », déclare-t-il, ajoutant que ces voix ont été « accusées pendant tout ce temps d’être antisémites, tout simplement parce qu’elles critiquaient les crimes israéliens ».

 

Aymeric Caron estime que la proposition de loi introduit un glissement dangereux dans le droit. « Puisqu’il n’y a pas de propos antisémites, on va maintenant essayer de dire que critiquer l’État d’Israël, c’est antisémite », affirme-t-il, y voyant une stratégie visant à « faire condamner toutes ces voix qui se mobilisent pour le droit international ».

 

Le député reconnaît la nécessité de lutter contre le racisme, mais conteste l’esprit du texte. « Il y a un besoin de lutter contre l’antisémitisme comme contre tous les racismes », concède-t-il, avant d’ajouter : « mais il y a une hypocrisie totale en ce qui concerne cette loi ». Il affirme que « très concrètement, de lutte contre l’antisémitisme, il n’est pas question dans le texte ».

 

Il critique particulièrement l’assimilation entre antisionisme et antisémitisme. « Les gens qui tentent d’assimiler critique d’Israël et antisémitisme (…) sont en train de faire l’amalgame entre un gouvernement (…) et l’ensemble des Juifs qui habitent cette planète », déclare-t-il, qualifiant cette position « d’hérésie totale ».

 

Il insiste sur les conséquences potentielles d’un tel raisonnement : « C’est extrêmement dangereux pour les Juifs eux-mêmes », souligne-t-il, rappelant que « beaucoup sont opposés aux politiques du gouvernement israélien ». Il accuse les promoteurs du texte de « tenter d’assimiler malgré eux tous les Juifs de la planète à ce que pourrait faire le gouvernement israélien ».

 

Le député va plus loin en estimant que cette approche pourrait produire un effet inverse à celui recherché. « C’est précisément ce genre de position (…) qui va alimenter l’antisémitisme », affirme-t-il.

 

Enfin, Aymeric Caron dénonce une instrumentalisation politique du sujet. « Je trouve absolument scandaleux que Caroline Yadan et d’autres (…) instrumentalisent la cause indispensable de la lutte contre l’antisémitisme », déclare-t-il, accusant ses soutiens d’utiliser « le drame de la Shoah (…) au service d’un projet politique ».

 

La proposition de loi Yadan, déposée le 19 novembre 2024 par la députée du groupe Renaissance Caroline Yadan, a été adoptée en commission des lois en janvier 2026 et doit être examinée en séance publique à l’Assemblée nationale à partir du 16 avril 2026.

 

Ce texte entend répondre à ce que ses auteurs qualifient de « nouvelles formes d’antisémitisme ». Il prévoit notamment l’extension du délit d’apologie du terrorisme, l’introduction de nouvelles infractions liées à la contestation ou à la remise en cause de l’existence d’un État, ainsi que la prise en compte de formes indirectes ou « implicites » de provocation à la haine.

 

Ces dispositions suscitent une vive controverse. De nombreuses organisations de défense des droits humains, syndicats et juristes dénoncent un texte juridiquement flou, susceptible de porter atteinte à la liberté d’expression. Elles pointent en particulier le risque d’une confusion entre critique politique de l’État d’Israël et antisémitisme, ainsi qu’un possible effet dissuasif sur les mobilisations, notamment celles liées à la cause palestinienne.

 

Des collectifs, y compris des organisations juives critiques de la politique israélienne, alertent également sur une « instrumentalisation » de la lutte contre l’antisémitisme et estiment que le texte pourrait, paradoxalement, fragiliser ce combat en brouillant ses contours. [AA]

 
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