« Après deux décennies de diagnostics, de commissions, de consultations et de recommandations, le temps n’est plus aux atermoiements. Il est venu le moment de donner au Sénégal des institutions plus équilibrées, une démocratie plus exigeante et une Constitution davantage tournée vers les défis du XXIᵉ siècle. »
Depuis plusieurs semaines, les prises de position se multiplient pour demander le report, la suspension, le retrait ou la renégociation de la proposition de loi n° 17/2026 portant révision de la Constitution sénégalaise. Les arguments varient, mais la conclusion demeure toujours la même : il faudrait encore attendre. Les uns réclament un nouveau dialogue national, les autres exigent un référendum, d’autres encore souhaitent reprendre entièrement le texte avant son adoption. Nous respectons naturellement ces opinions, car le débat constitutionnel est l’un des plus nobles dans une démocratie. Mais nous refusons que le débat démocratique devienne une stratégie permanente de l’ajournement. Car cette réforme n’est pas née d’une initiative improvisée. Elle est l’aboutissement de près de vingt années de réflexion collective. Les Assises nationales de 2009 avaient déjà posé le diagnostic d’un déséquilibre des pouvoirs. La Commission nationale de réforme des institutions avait formulé des propositions précises pour y remédier. En 2024, les Assises de la Justice ont poursuivi cette réflexion, avant que le Dialogue national sur le système politique de 2025 ne l’enrichisse à son tour. Pendant toutes ces années, des citoyens, des magistrats, des universitaires, des avocats, des organisations de la société civile et des responsables politiques ont appelé à une modernisation de nos institutions. Aujourd’hui que ces réformes arrivent enfin devant la représentation nationale, certains semblent découvrir qu’il faudrait repousser encore leur examen. Nous posons une question simple : attendre quoi ?
Le Parlement n’usurpe pourtant aucune compétence. La Constitution lui reconnaît explicitement le pouvoir de procéder à sa révision selon les procédures qu’elle fixe elle-même. Contester aujourd’hui cette compétence revient à affaiblir la démocratie représentative elle-même. Le véritable débat ne devrait donc pas porter sur la légitimité des députés à exercer une prérogative que le peuple leur a confiée, mais sur le contenu même de la réforme. Renforce-t-elle ou affaiblit-elle l’État de droit ? Accroît-elle la concentration du pouvoir ou organise-t-elle un meilleur équilibre entre les institutions ? À ces questions, le texte apporte des réponses claires. Il renforce les pouvoirs de contrôle de l’Assemblée nationale, modernise la justice constitutionnelle par la création d’une Cour constitutionnelle, protège davantage le pluralisme politique en reconnaissant explicitement le rôle de l’opposition, encadre certaines décisions de fin de mandat présidentiel et rééquilibre les responsabilités au sein de l’exécutif. Loin d’organiser une concentration supplémentaire du pouvoir, cette réforme poursuit un objectif exactement inverse : faire en sorte que chaque institution puisse mieux exercer sa mission dans le respect des autres.
Mais la véritable originalité de cette révision dépasse encore les seules questions institutionnelles. Pour la première fois avec une telle ampleur, la Constitution cesse d’être uniquement un texte organisant les pouvoirs publics pour devenir également un projet de société. Son nouveau préambule affirme l’appartenance du Sénégal à la civilisation africaine, fait de la transparence, de la bonne gouvernance et de la protection de l’environnement des principes constitutionnels, consacre la souveraineté du peuple sur les ressources naturelles et reconnaît l’opposition comme un pilier indispensable de la démocratie. Plus encore, la réforme introduit de nouveaux droits-créances : le droit de savoir lire et écrire, le droit à l’inclusion numérique, le droit à un environnement sain ou encore l’accès universel aux communications électroniques. Ces droits ne se limitent pas à protéger les citoyens contre l’arbitraire ; ils obligent désormais la puissance publique à créer les conditions concrètes permettant à chacun d’exercer effectivement ses libertés. La démocratie n’est plus conçue comme la seule organisation de la compétition politique ; elle devient également un engagement collectif en faveur de la justice sociale, de l’égalité réelle et de la dignité humaine.
Nous savons qu’aucune Constitution n’est parfaite et qu’aucun texte fondamental n’épuise à lui seul les exigences démocratiques. Les lois organiques, la jurisprudence, l’expérience institutionnelle et les futures révisions permettront toujours d’améliorer ce qui doit l’être. Mais aucune Constitution ne peut être perfectionnée si chaque réforme est systématiquement renvoyée à plus tard. Une démocratie progresse lorsqu’elle sait débattre, décider et assumer les transformations qu’elle juge nécessaires. C’est pourquoi nous appelons les députés de la Nation à examiner cette proposition avec la rigueur qu’exige une loi fondamentale, à l’amender lorsqu’ils le jugent utile, mais surtout à ne pas céder à la tentation de l’immobilisme. Après deux décennies de diagnostics, de commissions, de consultations et de recommandations, le temps n’est plus aux atermoiements. Il est venu le moment de donner au Sénégal des institutions plus équilibrées, une démocratie plus exigeante et une Constitution davantage tournée vers les défis du XXIᵉ siècle.
Signataires
1. Boubacar Boris DIOP, écrivain, Dakar
2. Dr. Seynabou SOUGOUFARA, Chercheure, University of Warwick, UK
3. Moussa SENE Absa, cinéaste-réalisateur
4. Pierre SANÉ, Ancien secrétaire-général Amnesty International, Ancien sous-secrétaire général de l’UNESCO
5. Oumar DIA, Maître de conférences titulaire, UCAD
6. Félix ATCHADÉ, médecin
7. Dr. Mamadou DIALLO, Historien
8. Abdoul Aziz DIOUF, Professeur titulaire, Agrégé des facultés de droit, UCAD
9. El Hadji Samba NDIAYE, Professeur assimilé, FJSP, UCAD
10. Sidy Alpha NDIAYE, Professeur titulaire, Agrégé des facultés de droit, UCAD
11. Daouda NGOM, Professeur titulaire, UCAD
12. Pr. Youssouph Mbargane GUISSÉ, philosophe et anthropologue, UCAD
13. Pr. Mouhamed Abdallah LY, Sociolinguiste, IFAN, UCAD
14. Ousmane SANÉ, Expert-juriste, Consultant international
15. Abdourahmane SECK, anthropologue et historien, UGB
16. Massamba DIOUF, Professeur titulaire des universités, UCAD
17. Dr. Amy CISSÉ, Économiste, Dakar
18. Boubacar CAMARA, Maître de conférences assimilé, UASZ
19. Elhadji Babacar LY, Professeur assimilé, UGB
20. Ndeye Marieme LY NIANG, Directrice d'établissements médico sociaux, Paris
21. Yoro NDIAYE, chanteur, auteur et compositeur, Dakar
22. Raoul MANGA, fonctionnaire du gouvernement de l'Ontario, Québec
23. Dr. Ibra POUYE, Contrôleur des finances publiques, Chroniqueur politique, Paris
24. Moussa TOURÉ, Réalisateur, Dakar
25. Sérigne Bassirou LO, Professeur assimilé, UCAD
26. Fatou DIOUF, Maitre de conférences assimilé, UCAD
27. Akandijack Pape Chérif Bertrand BASSÈNE, Enseignant-chercheur, UCAD
28. Aliou NDIAYE, Professeur assimilé, UCAD
29. Ahmadou WAGUÉ, Professeur titulaire
29.
30. Aly SAMBOU, Professeur assimilé, UGB
31. Cheikh Anta BABOU, Maître de conférences titulaire, UCAD
32. Mamadou COULIBALY, Professeur des CPGE, Thiès
33. Omar DIOP, Maître de conférences titulaire, UGB
34. Moulaye TOURÉ, Inspecteur des finances publiques, Paris
35. Mamadou Albo BODIAN, Cadre hospitalier Aphp, Paris
36. Djibril KEITA, Sociologue, Enseignant en santé publique et politiques sociales, Conseiller municipal délégué à la prévention, la santé mentale et la santé communautaire, France
37. Dr. Bocar KANE, Directeur technique de la Plateforme d'Exploration Fonctionnelle de la faculté de médecine de Strasbourg
38. Khady Diène Gaye DIONE, ancienne ministre, Secrétaire générale adjointe de PASTEF
39. Dr. Ibrahima NIANG, Sociologue, UCAD
40. Babou DIENE, Professeur titulaire, UGB
41. Djibril DIOUF, Maître de conférences titulaire, UCAD
42. Benoît TINE, Professeur titulaire, UASZ
43. Mbaye Diagne MBAYE, Professeur assimilé, UASZ
44. Chérif Saloum DIATTA, Maître de conférences titulaire, UCAD
45. Marie Rose Khady Fatou FAYE, ancienne Secrétaire d' État
46. Alioune MANÉ, agent à la Direction de la Cinématographie et de l’Audiovisuel
47. Amadou DIENG, enseignant-vacataire au département génie civil, ESP, UCAD
48. Thierno LY, Professeur assimilé, FLSH, UCAD
49. Alymana BATHILY, sociologue des médias et écrivain, Dakar
50. Dr. Martin CARVALHO, Médecin endocrino-diabetologue, Marseille
51. Cheikh Tidiane NIANG, fonctionnaire international à la retraite
52. Demba NDIAYE, journaliste
53. Gilles Éric FOADEY, Interprète-traducteur de conférence, union Africaine Addis-Abeba
54. Ameth LÔ, Consultant TI, Toronto, Canada
55. Dr Mamy Gassama, USA
56. Dr. Nouha SONKO, médecin, Dakar
57. Papa NFaly SONKO, ingénieur information, France
58. Alioune Badara MBOUP, Professeur assimilé à l’ESP, UCAD
59. Arfang Ousmane Kémo GOUDIABY, Maître de conférences assimilé, USSEIN
60. Demba DIEDHIOU, Professeur titulaire, FMPO, UCAD
61. Dr. Mohamed Lamine LY, médecin santé publique, Dakar
62. Abdoulaye DIOUF, Professeur assimilé, UCAD
63. Richard Demba DIOP, Maître de conférences titulaire, UAM
64. Gorgui DIOUF, Professeur en Techniques agricoles et Vacataire, UCAD
65. Dr. Mamadou Seydou BA, vacataire au département de Physique UFR-ST, UASZ
66. Dr Astou Fall, Spécialiste en sciences de gestion
67. Mamadou Mao WANE, sociologue, Dakar
68. Dr. Ibrahima seydi BA, Écrivain, Enseignant chercheur, UCAD
69. Mamecor FAYE, Professeur assimilé, FST, UCAD
70. Dr. Seydi Mansour Sy SECK, Enseignant-Chercheur, UCAD
71. Cheikh THIAW, Professeur titulaire, Vice-Recteur, USSEIN
72. Mame Diarra NDIAYE, Professeur titulaire, UCAD
73. Insa SECK, Professeur assimilé, UCAD
74. El Hadji Alioune FALL, Professeur assimilé, UCAD
75. Papa Birame GNING, Professeur assimilé, UCAD
76. Pape Abdoulaye DIAW, Professeur assimilé, UADB
77. Fatou SAR, France
78. Seynabou NDIAYE, Professeur de philosophie au Lycée Malick Sy, Thiès
79. Salif BALDE, Maître de conférences assimilé, UCAD
80. Mamadou Salif DIALLO, retraité FASTEF, UCAD
81. Sophie AHODEKON, ancienne journaliste à Walf, France
82. Albinou NDECKY, Maître de Conférences titulaire, UGB
82.
83. Elhadji Ch Youssoupha BADJI, Responsable Pédagogique, Doctorant UN-CHK
84. El Hadji Omar THIAM, Professeur assimilé, UCAD
85. Mor DIEYE, Professeur assimilé, UCAD
86. Dr. Babacar DIOP, Maître de conférence assimilé, UCAD
87. Mamadou BARRY, Doctorant, ENSEIGNANT-vacataire, UCAD
88. Demba Moussa DEMBELE, Economiste, Dakar
89. Pape Alioune CISSE, Interprète, Thiès
90. Antoine MOÏSE, Retraité, Canada
91. Aly NDIAYE, Paris
92. Prof. Aliou THIONGANE, Professeur titulaire de Médecine, UCAD
93. Khadija Mahecor DIOUF, SG adjointe Pastef, Maire de la commune de golf Sud
94. Dr. Ndiamé DIOP, inspecteur de l’enseignement secondaire à la retraite
95. Ibrahima NDOYE, Professeur Titulaire de classe Exceptionnelle, UCAD
96. Awa Yombe YADE, Maître de conférences titulaire, UCAD
97. Abdoul Karim MBODJI, Maître de Conférences Titulaire, UGB
98. Souleymane GOMIS, Professeur titulaire, UCAD
99. Abdoulaye GASSAMA, Professeur titulaire, UASZ
100. Alassane DIÉDHIOU, Professeur titulaire, UASZ
101. Maître Pape KANTÉ, Avocat, Canada
102. Mamadou Yéro BALDÉ, Maître de conférences titulaire, UCAD
103. Mohamet Lat Sack DIOP, Maître de conférences titulaire, UCAD
104. Dr. Jean DOMINGO, Enseignant-vacataire, UCAD
105. Ndèye Nattou SADJI, Professeur de philosophie au Lycée Sergent Malamine Camara, Dakar
106. Mamadou Lamine NDIAYE, Professeur titulaire, UCAD
107. Abdoulaye MBAYE, Maître de conférences titulaire, UCAD
108. Ibrahima TOURÉ, cadre administratif, chef DC-CROUS-Ziguinchor
109. Moussa COULIBALY, Maître de conférences titulaire, UASZ
110. Babacar DIOUF, Maître de conférences titulaire, UASZ
111. Nfally BADJI, Professeur assimilé, UCAD
112. Boubacar KANTÉ, Professeur assimilé, UCAD
113. Dr. Fatoumata Tacko SOUMARÉ, Professeur de Philosophie au Lycée Mixte Maurice Delafosse et Enseignante-vacataire à l’UCAD
114. Dr. Aliou BA, économiste des ressources naturelles, Dakar
115. Macodou THIAM, Maître de conférences titulaire, UIDT
116. Cheikh NDIAYE, Maître de conférences titulaire, UCAD
117. Mamadou Abdou NGOM, Professeur assimilé, UCAD
118. Louis GOMIS, Professeur assimilé, UCAD
119. Idrissa MANÉ, Anthropologue, Paris
120. Mamadou Kabirou GANO, Maître de conférences titulaire à la retraite, UCAD
121. Thierno GUÈYE, Maître de conférences assimilé, UCAD
122. Marème Assiétou DIAKHATÉ, consultante en communication et en gestion de projets, Dakar
123. Saidou KANDÉ, Sociologue, Dakar
124. Joseph Tavares DA SOUZA, Paysagiste DPLG à la retraite
125. Tiguida CISSOKHO
126. Boubacar SOLLY, Maître de conférences assimilé, UASZ
127. Daouda Niang DIATTA, Professeur assimilé, UASZ
128. Youssou DIENG, Professeur assimilé, UASZ
129. Dr. Bocar SOW, comptable, UASZ
130. Ousseynou SÈNE, Cadre administratif, chef des services généraux, UASZ
131. Dr. Boubacar TRAORÉ, Enseignant-chercheur, UASZ
132. Dr. Mouhamed Almakhy NIANG, Enseignant-chercheur, UASZ
133. Diéré DIÉDHIOU, Cadre administratif, Chef de service pédagogique à l’UFR ÉS/UASZ
134. Alpha Oumarou BA, Maître de conférences titulaire, UASZ
135. Pr. Doudou DIOP, Botaniste, IFAN, UCAD
136. Dr. Samba CISSOKHO, Maître de Conférences Titulaire, UCAD
137. Samba KÂ, Maître de conférences titulaire, USSEIN
138. Lamine SAMBOU, Maître de conférences assimilé, UGB
139. Ibrahima BAO, Professeur assimilé, UGB
140. Coumba Adam faye, Enseignante, Bambey
141. Jean Sibadioumeg DIATTA, Maître de conférences titulaire, UCAD
142. Elisabeth KAMARA, Finance Controller, Dakar
143. Samba CISSOKHO, Maître de conférences titulaire, UCAD