COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Tendances récentes : La croissance en Afrique subsaharienne s’est raffermie pour atteindre un taux estimé à 4,1 % en 2025. Une dynamique tirée par les cours des produits de base, notamment les métaux précieux, le cuivre et le café, qui ont dopé les exportations et les recettes budgétaires. Sur le plan intérieur, le recul de l’inflation globale et alimentaire, favorisé par l’amélioration de la production agricole et l’appréciation des monnaies dans plusieurs économies, a permis un assouplissement progressif de la politique monétaire, soutenant ainsi la demande intérieure. La croissance a également bénéficié des avancées en matière de réformes structurelles dans plusieurs grandes économies, qui ont renforcé la confiance des investisseurs dans la région, contribuant ainsi à stimuler l’investissement privé.
Début 2026, les indicateurs à haute fréquence de l’activité économique en Afrique subsaharienne affichaient des premiers signes de résilience, malgré la hausse des prix de l’énergie et le ralentissement de la demande extérieure imputables au conflit au Moyen-Orient. Le conflit se fait cependant déjà sentir dans la région, alors que les pays d’Afrique subsaharienne disposent de marges de manœuvre plus étroites pour y répondre que ceux d’autres régions, comme en témoignent des données préliminaires signalant un essoufflement de la désinflation et une réaccélération de la hausse annuelle des prix à la consommation en avril. Un certain nombre de gouvernements ont néanmoins adopté des mesures pour protéger les ménages vulnérables, comme l’élargissement ou l’introduction temporaire de subventions aux carburants (Éthiopie, Ghana), le report de réformes planifiées des subventions (Angola) et des ajustements des prix administrés ou des transferts sociaux (Sénégal). Les conditions financières se sont quelque peu durcies, avec une hausse temporaire des rendements et des écarts de cotation des obligations souveraines, une légère dépréciation des monnaies et une stagnation des marchés boursiers. Si les exportateurs de pétrole tirent profit de la hausse des prix de l’énergie, la majorité des économies d’Afrique subsaharienne dépendent des importations énergétiques, ce qui contribue à la dégradation de leurs situations extérieures et budgétaires.
Parmi les autres faits marquants figurent des avancées positives sur le front commercial : les États-Unis ont prolongé la loi pour la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) jusqu'à fin 2026 et la Chine a supprimé ses droits de douane sur l’ensemble des importations africaines, dans le but de soutenir l’intégration encore limitée de la région dans le commerce mondial. Par ailleurs, en mai 2026, la troisième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée a été signalée dans l'est de la République démocratique du Congo, des cas importés ayant également été confirmés en Ouganda.
Perspectives : La croissance en Afrique subsaharienne devrait légèrement fléchir à 4 % en 2026, avant de se redresser pour atteindre un taux de 4,4 % en moyenne sur la période 2027-2028. Les prévisions de croissance pour 2026 ont été abaissées de 0,3 point de pourcentage par rapport à celles de janvier : les effets négatifs du conflit au Moyen-Orient devraient en effet prendre le dessus sur les moteurs de croissance que constituent les réformes structurelles et les récents accords commerciaux, propices aux investissements et aux exportations. Ces perspectives reposent sur l’hypothèse d’une stabilisation de l’environnement géopolitique à court terme et d’une amélioration de la sécurité dans les économies en situation de fragilité et de conflit de la région.
Le conflit au Moyen-Orient devrait se traduire par des effets très majoritairement négatifs pour la région, à travers la hausse des cours des produits de base et l’affaiblissement de la demande extérieure, avec toutefois des situations contrastées selon les économies. La hausse des prix de l’énergie profitera aux exportateurs de pétrole, notamment l’Angola et le Nigéria. Les économies non exportatrices de pétrole, en revanche, devront faire face à des coûts plus élevés pour les carburants, les engrais et le transport, qui alimenteront l’inflation, en particulier sur les prix alimentaires. La croissance de ces économies devrait ainsi être sensiblement inférieure aux prévisions antérieures, la hausse des prix à la consommation et du coût des intrants venant freiner la consommation et alourdir les coûts de production.
La faiblesse des ressources budgétaires restreint la capacité de nombreuses économies d’Afrique subsaharienne à faire face à la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, en dépit de l’amélioration des finances publiques et des réserves disponibles enregistrée ces dernières années. L’élargissement des subventions aux carburants risque d’alourdir les déficits et les besoins d’emprunt, réduisant ainsi les marges pour soutenir les ménages vulnérables et accentuant les risques macroéconomiques. La politique monétaire devrait rester restrictive en raison des pressions inflationnistes et d’une faible latitude pour faire abstraction des chocs d’inflation. Malgré les progrès accomplis pour renforcer la crédibilité des finances publiques, la cherté de l’emprunt, la contraction du financement concessionnel et la baisse de l’aide publique au développement (APD) sont également vouées à aggraver les difficultés budgétaires dans la région, en particulier dans les pays qui ont tardé à améliorer leurs cadres de politique économique.
Les réformes structurelles et les récentes évolutions de la politique commerciale ne compenseront que partiellement les effets d’une conjoncture mondiale défavorable. En Afrique du Sud, les réformes portent notamment sur l’amélioration de la disponibilité de l’énergie, tandis qu’en Éthiopie et au Nigéria, elles concernent la libéralisation des taux de change, le renforcement de la gestion des finances publiques et d’autres mesures favorables aux entreprises. L’approfondissement du commerce intrarégional dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), conjugué aux réductions tarifaires accordées par la Chine et les États-Unis, soutiendra également les secteurs exportateurs.
Malgré une hausse marquée des cours des produits de base, le ralentissement de la demande extérieure et les effets de cette hausse des prix sur la consommation devraient limiter les gains de croissance pour les exportateurs de matières premières industrielles, dont le taux de croissance ne devrait progresser que marginalement, de 3,1 % en 2025 à 3,2 % en 2026, avant d’atteindre une moyenne annuelle de 3,5 % sur la période 2027-2028. De fait, les répercussions du conflit au Moyen-Orient ont conduit à des révisions à la baisse des projections, notamment au Nigéria et en Afrique du Sud, où des contraintes structurelles continuent de brider la croissance. Du côté des économies peu dotées en ressources naturelles, la croissance devrait ralentir de 6,4 % en 2025 à 5,7 % en 2026, avant de remonter à une moyenne de 6,2 % sur la période 2027-2028, surpassant largement celles des exportateurs de produits de base. La croissance de l’Éthiopie devrait être portée par les réformes de politique monétaire et du secteur financier, malgré les défis extérieurs. Parmi les faits marquants, les prévisions de croissance ont été revues à la baisse pour l’Ouganda, le Sénégal et la Côte d'Ivoire, à la suite, respectivement, de retards dans les projets pétroliers, de la révélation d’une dette cachée et du gel ultérieur des financements du FMI, et de la chute des cours du cacao.
La croissance du PIB réel par habitant en Afrique subsaharienne devrait se maintenir à 1,6 % en 2026, avant de se raffermir pour atteindre une moyenne de 2 % par an sur la période 2027-2028. Cette dynamique reste insuffisante pour réduire significativement l’extrême pauvreté. La création d’emplois en Afrique subsaharienne devrait également rester en deçà de la croissance de la population active, qui devrait être la plus rapide au monde d’ici 2030. L’insécurité alimentaire dans les économies en situation de fragilité et de conflit devrait se maintenir à ses niveaux les plus élevés depuis le début des années 2000, tandis qu'elle devrait s’aggraver dans les autres économies. Par ailleurs, la baisse de l’APD aura probablement pour effet de dégrader les niveaux de vie et d’aggraver les crises humanitaires et sanitaires, à l’instar de la récente épidémie d’Ebola.