☰

A Paris, malgré le chaos, des manifestants déterminés à se faire entendre

Samedi 17 Octobre 2026

Malgré les gaz lacrymogènes, les feux de véhicules, les affrontements et les pillages qui ont secoué Paris, des milliers de manifestants ont réussi à défiler dans le calme pour tenter de faire entendre leur soutien aux jeunes et leurs revendications sur le pouvoir d'achat.

 

Dès la mi-journée, au dessus de la place de la République, un épais nuage blanchâtre de gaz lacrymogène se mêle aux fumées noires d'une voiture et d'un camion en feu.

 

Cette place, emblématique des manifestations parisiennes, est devenue samedi le théâtre d'affrontements et d'un violent jeu du chat et de la souris entre des individus cagoulés, vêtus de noir, et les forces de l'ordre.

 

Au plus fort des tensions, qui ont duré toute l'après-midi, un magasin de sport a été pillé et un restaurant McDonald's a été vandalisé ainsi que d'autres commerces dont les vitrines ont été brisées et la marchandise lancées à la foule.

 

Plusieurs centaines d'individus ont utilisé des mortiers d'artifice contre les policiers stationnés aux abords de la place pour filtrer les accès et fouiller les manifestants. Des pierres sont arrachées à un mur pour être lancées sur les policiers, qui déploient un canon à eau.

 

- "Tout va bien sauf tout" -

 

Malgré les tensions, le cortège principal part à l'heure prévue, 14h30, vers la Place de Clichy, ponctué de chants et de slogans repris en cœur. Un autre défilé se dirige vers Nation.

 

Au milieu du flux de manifestants, dans le premier cortège, une femme distribue des masques tandis qu'un jeune homme déguisé en schtroumpf bedonnant remporte un grand succès et se lance dans une mini "battle d'aura" avec un groupe de jeunes vêtus de noir.

 

Soudain, une explosion de joie parcourt la foule lorsqu'une banderole hostile à Emmanuel Macron apparaît à une fenêtre.

 

"Il y a huit ans, nous nous sommes battus de toutes nos forces", rappelle au micro François Boulo, figure médiatique des gilets jaunes en 2018-19, gilet sur le dos. "Et voilà que la jeunesse de France a surgi sur la scène et nous a redonné espoir", ajoute-t-il.

 

Dans les rangs, plusieurs drapeaux français flottent ainsi que des pavillons pirates et des portraits de Che Guevara.

 

"Retraite, éducation, climat : même combat", proclame une pancarte. Une autre résume le malaise ambiant : "Tout va bien, sauf tout".

 

Venu de la Marne, Christophe Van Hoorne, secrétaire national de la confédération paysanne, se demande s'il va devoir tuer ses animaux s'il ne peut pas les nourrir. "On est de tout coeur avec les jeunes. Ils (les autorités) ne cherchent qu'à nous diviser", ajoute cet éleveur-boucher de boeufs, porcs et moutons, en bio.

 

Barbe sel et poivre, Emmanuel Reure, 58 ans, marche au milieu de nombreux lycéens, mobilisés depuis plusieurs semaines. Il est là "pour soutenir les jeunes et être présent en tant que parent". "Le fait qu'il y ait des adultes, ça montre que ce n'est pas un mouvement de casseurs", dit-il.

 

Interrogée sur les violences qui ont secoué la capitale, Emmanuelle, 61 ans et militante LFI, déclare les désapprouver tout en soulignant que selon elle "la violence est plus du côté des flics que des manifestants". "On n'est pas à armes égales. On ne peut plus manifester tranquillement dans ce pays", ajoute-t-elle.

 

Capuche noire sur la tête et gilet jaune décoré d'une tête de mort du manga One Piece, Oumy, 35 ans, venue de Massy, dit ne plus croire aux promesses politiques. "La France est totalement dégradée à cause de nos politiques. Il n'y a rien qui va, ni l'école ni le travail", affirme cette ancienne salariée de l'hôtellerie, aujourd'hui au chômage.

 

"Pour l'essence, pour faire les courses, tout est compliqué. On se restreint énormément", poursuit-elle.

 

- Cortèges sauvages -

 

Naomi, 21 ans, étudiante infirmière, porte un gilet jaune sur sa blouse et une pancarte proclamant : "Liberté, égalité, fraternité: belles promesses, triste réalité". Elle pointe les "conditions de travail de mes futurs collègues qui sont vraiment déplorables".

 

À l'arrivée du cortège place de Clichy, plusieurs jeunes manifestants ont grimpé sur la statue centrale, sous l’œil des forces de l'ordre, dont les fourgons équipés de canons à eau étaient positionnés tout autour de la place.

 

Mais la journée parisienne n'est pas finie: plusieurs cortèges sauvages - non déclarés - se déroulent en parallèle dans la capitale.

 

En milieu d'après-midi, l'un d'eux a été refoulé par les forces de l'ordre à quelque 150 mètres de l'Élysée, à proximité de l'avenue des Champs-Elysées, dont les commerces ont été barricadés préventivement.

 

Rue de Turbigo, des vélos électriques ont été entassés sur la chaussée puis incendiés, provoquant l'explosion de plusieurs batteries.

 

En fin d'après-midi, quelque 200 personnes se sont retrouvées place de la Concorde, un périmètre interdit à la manifestation.

 

"Tous à l'Assemblée", scandent alors plusieurs groupes de manifestants, tandis que la police poussaient les manifestants à faire demi-tour.. [AFP]

 
Nombre de lectures : 93 fois