Le socialiste Emmanuel Grégoire a été intronisé maire dimanche par sa nouvelle majorité, et pris solennellement le relais d'Anne Hidalgo, son ancienne mentor, qui a quitté l'Hôtel de ville, émue aux larmes, après douze ans de mandat.
Après sa large victoire au second tour le 22 mars (50,52%), le nouveau maire, 48 ans, a été élu par 103 voix par le Conseil de Paris lors d'un vote à l'urne et dans l'isoloir, par une majorité renforcée au sein de l'assemblée parisienne qui compte 163 élus.
Rachida Dati, candidate malheureuse de la droite et du centre qui est arrivée neuf points derrière son adversaire, n'était pas présente au Conseil de Paris, invoquant des "raisons familiales".
Emmanuel Grégoire doit dans la foulée faire élire son nouvel exécutif par les conseillers de Paris (162), élus pour la première fois directement en vertu du nouveau mode de scrutin en vigueur à Paris, Lyon et Marseille.
Revêtant sa nouvelle écharpe, il est allé raccompagner Anne Hidalgo vers la sortie de l'Hôtel de ville. Celle qui fut la première femme à diriger la capitale a été longuement applaudie par une haie d'honneur, et quitté le palais municipal après deux mandats, les larmes aux yeux.
Tout un symbole pour celui qui fut six ans son premier adjoint, tombé en disgrâce après l'échec cuisant de la maire PS à la présidentielle en 2022. Il avait quitté, soulagé, l'Hôtel de ville pour l'Assemblée nationale en 2024.
"Les clés de la ville sont en de bonnes mains", a confié sur Bluesky la socialiste de 66 ans, qui devrait s'investir désormais dans le combat pour le climat à l'international.
"Anne, ton courage est un exemple", a salué son successeur dans son discours d'intronisation où il a aussi salué Bertrand Delanoë, premier maire socialiste de la capitale.
Le socialiste a promis qu'il ferait du périscolaire son "premier combat pour protéger nos enfants", alors que le secteur est éclaboussé par des affaires de violences sexuelles.
- La droite dispersée -
La nouvelle majorité d'Emmanuel Grégoire, qui comprend des élus socialistes, écologistes, communistes, de Place Publique et de L'Après (ex-Insoumis), compte 103 conseillers, dix de plus que sous la précédente mandature.
L'édile a assuré qu'il aurait "à souhait de travailler" avec Rachida Dati et l'Insoumise Sophia Chikirou, arrivée troisième au second tour avec près de 8% des suffrages.
L'opposition de droite se retrouve amoindrie après la lourde défaite de Rachida Dati, avec seulement 51 élus contre 65 en 2020.
La maire du VIIe arrondissement - réélue dès le premier tour - va prendre les rênes d'un nouveau groupe de 32 élus baptisé "Paris, Liberté!" au côté de Grégory Canal, chef de cabinet du garde des Sceaux Gérald Darmanin.
En séance, Grégory Canal a appelé à une "une opposition tonique, responsable, mais jamais domestiquée".
"Vous êtes, hélas, l'héritier d'Anne Hidalgo", a-t-il cinglé en s'attaquant au bilan de l'ex-édile socialiste, notamment la dette de la ville, et demandé la création d'une "mission transpartisane" sur le périscolaire.
L'opposition de droite entre en ordre dispersé dans le nouvel hémicycle, comme sous la précédente mandature.
Les élus de la liste Pierre-Yves Bournazel, fusionnée avec celle de Rachida Dati au second tour, ont constitué leur propre groupe de 11 conseillers.
Son nom, "Paris apaisé", reprend le slogan de campagne de Pierre-Yves Bournazel, qui s'est personnellement retiré de la course, et que Rachida Dati a accusé de "trahison" pour l'avoir décidé au dernier moment, "sans prévenir personne".
Le MoDem mené par Maud Gatel, soutien de Rachida Dati, a gardé son propre groupe de 8 élus.
A gauche, neuf élus LFI ont fait leur entrée dans l'assemblée et n'ont pas voté pour Emmanuel Grégoire. "Ce sont les mêmes depuis 25 ans. Et finalement, dans cette assemblée, la seule nouveauté, c'est nous", a taclé Sophia Chikirou . "Nous sommes neuf conseillers d'opposition de gauche. Mais je vous garantis un ressenti de 90", ajouté la députée de Paris.
Emmanuel Grégoire, élu député de Paris en 2024, va démissionner de son mandat à une date qui n'est pas encore connue. [AFP]