790,3 milliards de FCFA:c’est le montant des subventions énergétiques prévu par le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Elles n’étaient que de 250 milliards dans le budget initial. La facture augmente donc de 540,3 milliards et atteint environ 3,5 % du PIB.
Mais que représentent concrètement 790 milliards ?
Le budget 2026 de la Santé est de 217,3 milliards, celui de l’Agriculture et de l’Élevage de 247,6 milliards et celui de l’Enseignement supérieur de 301 milliards. Les subventions énergétiques représentent donc environ 3,6 fois le budget de la Santé, 3,2 fois celui de l’Agriculture et 2,6 fois celui de l’Enseignement supérieur. Plus frappant encore : les budgets de ces trois ministères réunis atteignent environ 766 milliards, soit moins que les seules subventions énergétiques.
À raison de 140 000 FCFA par an et par ménage, 790,3 milliards permettraient théoriquement de financer la bourse de sécurité familiale de 5 645 000 ménages pauvres pendant un an.
À raison de 12 millions de FCFA par salle de classe, cette même somme représente environ 65 800 salles de classe.
Autre comparaison : le Grand Transfert d’Eau (GTE), qui doit notamment alimenter Touba, est structuré en partenariat public-privé. La programmation budgétaire 2026-2028 inscrit 40 milliards de FCFA pour le projet. Les 790 milliards de subventions représentent donc près de 20 fois cette dotation budgétaire. Le coût total du GTE est évidemment beaucoup plus élevé et doit être financé notamment avec des partenaires privés.
Ces comparaisons ne signifient pas que les 790 milliards pourraient être mécaniquement transformés en écoles, hôpitaux ou projets hydrauliques. Elles montrent simplement leur coût d’opportunité : l’argent consacré à une priorité n’est plus disponible pour une autre.
Le piège financier des subventions énergétiques
Le problème est devenu particulièrement sérieux en 2026. Le déficit budgétaire atteint 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB, tandis que les investissements publics sont réduits de 555 milliards.
Le rapprochement est saisissant : 540 milliards de subventions énergétiques supplémentaires et 555 milliards d’investissements en moins.
Il ne s’agit pas d’un transfert automatique franc pour franc. Mais plus l’État dépense pour maintenir artificiellement les prix de l’énergie, moins il dispose de marges pour investir, financer les politiques sociales ou répondre aux revendications syndicales. Lorsque les recettes ne suffisent plus, il doit emprunter davantage.
Nous risquons alors de nous endetter pour financer notre consommation présente plutôt que pour préparer notre avenir.
Faut-il subventionner tout le monde ?
Les subventions permettent d’éviter des hausses brutales de l’électricité et des carburants et protègent donc aussi les ménages modestes. Mais lorsqu’elles sont généralisées, elles profitent également — et davantage en valeur absolue — aux catégories qui consomment le plus.
Selon la déclaration la plus récente du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, 65 % des subventions énergétiques bénéficieraient aux 20 % des consommateurs les plus aisés.
La vraie question est donc simple : est-il raisonnable de consacrer près de 800 milliards de FCFA à subventionner l’énergie de tous, y compris des catégories urbaines aisées, alors que l’État s’endette, réduit ses investissements et peine à satisfaire de nombreuses priorités économiques et sociales ?
Réformer les subventions ne signifie pas abandonner les plus pauvres. Il s’agit au contraire de remplacer progressivement les subventions généralisées par des aides ciblées, des bourses familiales, des transports collectifs accessibles et des dispositifs de protection des ménages vulnérables. Le PLFR lui-même prévoit cette évolution vers un meilleur ciblage.
Les subventions énergétiques ont occupé une place centrale dans les discussions autour du PLFR 2026 et des arbitrages budgétaires qu’il impose.
790 milliards de FCFA, ce n’est donc pas simplement une ligne dans un budget. C’est plus que les budgets réunis de la Santé, de l’Agriculture et de l’Enseignement supérieur.
La question de leur maintien, de leur ciblage et de leur réduction progressive mérite, à mon sens, d’être au cœur du débat public national.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD
Source : Ma revue de presse