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Une tyrannie stalinienne du second mandat

Mercredi 3 Août 2016

Une tyrannie stalinienne du second mandat
Un second mandat vaut tous les sacrifices pour éviter le syndrome de Sarkozy. Entre reniements, forcing, menaces, élimination judiciaire d’adversaires potentiels, le Président de la république s’est installé dans une obsession sans frontières, tentant de tout balayer sur son passage…
 
«Je ferai de mon mandat unique une exigence morale en exerçant le pouvoir d'Etat avec dignité et simplicité. Je m'acquitterai de mes devoirs de Président de la République avec humilité, abnégation et sacrifice pour le bien-être de tous», avait déclaré Patrice Talon lors de son discours d’investiture en avril dernier. Un engagement qui fait de ce «roi du coton» un jeune extraterrestre au milieu d’une faune où règnent des chefs d’Etat qui aspirent à durer ou à mourir au pouvoir. Un engagement tellement peu habituel que le président Yaya Jammeh, interrogé à ce sujet par Jeune Afrique, avait répondu en substance sur un air malicieux : Talon ? C’est un novice, vous allez voir…

Le président Macky Sall n’est pas un novice en politique, loin de là ! Ce qui lui donne peut-être l’avantage du réalisme face à un homologue béninois plus connu dans le business que dans l’action politique proprement dite. L’histoire dira si Talon aura tenu promesse. Elle dira également que le chef de l’Etat sénégalais aura secrètement cultivé le désir extraordinaire d’un second mandat à la tête du Sénégal. Il n’en laisse rien paraître, certes, comme à son habitude. Une posture qui renvoie à l’opinion l’image d’un Président à qui la peine du moment suffit, tout tendu vers la satisfaction des attentes des Sénégalais. Les apparences sont parfois trompeuses. Cette ambition, il laisse à des proches, responsables, militants et autres séides le soin de l’exposer urbi et orbi, d’en entretenir la possibilité auprès des électeurs, avant de la rendre irréversible ( ?) dans les urnes.
 
Prêt à tout !
De fait, c’est la quasi-totalité des actes posés par Président Sall qui entre dans le schéma stalinien qui sert de guide à cette ambition. Le dernier avatar de cette tension ? Les conditions rocambolesques dans lesquelles Karim Wade a été gracié et exfiltré manu militari au Qatar dans la nuit du 23 au 24 juin. L’ancien ministre d’Etat sera probablement écarté de la présidentielle de 2019 car, jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas de nationalité exclusivement sénégalaise. Malgré tout, le chef de l’Etat veut s’en débarrasser de deux façons : en l’éloignant du pays d’abord, puis en sachant pouvoir compter, le moment opportun, sur le «soutien» d’un conseil constitutionnel remodelé à son image avec le référendum du 20 mars. Même si Karim Wade ne jouit pas d’une crédibilité politique énorme, la perspective qu’il puisse être  la tête de liste d’un Pds renforcé par des alliés aux élections législatives de l’année prochaine ne laisse pas indifférent. La menace existe, c’est son amplitude qui reste inconnue.

Quatre mois plus tôt, Macky Sall posait un autre acte, solennellement gravissime : son refus de respecter son propre engagement à réduire son mandat courant de sept à cinq ans. La base fondatrice de ce reniement, on la connaît, c’est l’absence de certitude et de visibilité par rapport à ses chantiers, d’une part ; c’est également l’absence de visibilité par rapport au bilan qu’il aurait à présenter à une présidentielle qui aurait été organisée en 2017. Aussi, a-t-il souverainement arraché deux années supplémentaires pour espérer être au rendez-vous avec les électeurs. Un second mandat vaut tous les sacrifices.
 
Un «bonus» pour doper un «trafic»
Ce «bonus» de deux ans, il sert également à consolider le «trafic» de politiciens plus connu sous le vocable «transhumance». La tactique semble payer : des franges du Pds ont rejoint le bercail présidentiel, des individualités de Rewmi aussi, des chefs religieux et traditionnels également, des journalistes d’hier et d’aujourd’hui obnubilés par les lambris du pouvoir, des hurluberlus qui vendent leurs services aux plus offrants Auparavant, les partis politiques qui constituaient l’épine dorsale de l’opposition (Ps, Afp, Pit, Ld, Rta/S et consorts) ont monnayé leur silence avec quelques sinécures au profit de leurs élites, sans oublier des syndicats de travailleurs, le patronat, des artistes… Aucune catégorie socioprofessionnelle n’est épargnée.

L’obsession du mandat rejaillit naturellement sur le Plan Sénégal émergeant (Pse) et tous ces projets/programmes censés en être le contenu de principe. Au terme du conseil des ministres délocalisé du 20 juillet à Pikine, on pourra y ajouter un stade Assane Diouf rénové à 20 milliards de francs Cfa (oui, 20 milliards, à annoncé le chef de l’Etat), le canal à ciel ouvert de Rufisque, les investissements du Dakar émergeant, etc. C’est de bonne guerre.
Momar DIENG
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