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NIASSE, TANOR ET DJIBO - Le retour au pouvoir après avoir tué le PS

Lundi 26 Septembre 2016

C’est l’ancien trio infernal du Parti socialiste formaté par Senghor et Diouf. Après s’être étripés à mort pour le contrôle du Ps, ils ont emprunté des chemins différents avant de se retrouver dans le giron improbable d’un «jeune» président qui en a fait une partie de sa garde politique rapprochée.
 
Pendant quarante ans, les socialistes ont occupé le pouvoir qu’ils ont été obligés d’abandonner en 2000 au teigneux Abdoulaye Wade. C’est dire que les Présidents Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf, dans des contextes extrêmement périlleux, ont su maintenir la barre haute. Dans cette aventure, trois hommes ont joué des rôles particuliers dans la dégringolade de la maison PS : Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Djibo Leyti Kâ.

Le premier était directeur de campagne du candidat Diouf battu par Me Wade en 2000. Le second a pris ses clics et ses clacs au travers d’un «Appel du 16 juin» 1999 pour lancer l’alliance des forces de progrès (Afp). Auparavant, le troisième larron, dernier directeur de cabinet du président Senghor, avait fondé l’union pour le renouveau démocratique (Urd). Ses numéros de yoyo dans l’entre deux-tours avaient précipité la chute de celui qui était arrivé au pouvoir à la faveur de la modification de l’article 35 de la Constitution.

S’il est vrai que Niasse aura été Premier ministre sous Wade au cours de la première alternance, leur compagnonnage n’aura pas duré plus d’une année. Pendant ce temps, Ousmane Tanor Dieng se démenait comme un beau diable pour tenir debout un Parti socialiste en lambeaux et déserté par uen forte proportion de ses cadres et responsables emblématiques mis sous pression par Wade. De son côté, Djibo Kâ, quatre ans après l’alternance, avait trouvé le moyen de se rapprocher de Me Wade, d’être nommé ministre et de rester fidèle au pape du Sopi jusqu’à une date récente. Comme une seconde nature, il trouver encore le moyen de rejoindre le camp du vainqueur de la présidentielle de 2012, Macky Sall, lequel avait déjà fini de renforcer son pouvoir avec…Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse.
 
«A un moment donné, il faut savoir préparer sa retraite»
Le patron de l’Afp et président de l’Assemblée nationale a des lieutenants bien placés dans l’appareil d’État. C’est le cas pour le Ps dont le chef de file, Ousmane Tanor Dieng va d’ailleurs occuper le poste de président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Entre temps, Djibo Kâ a été placé à la présidence de la Commission nationale du dialogue des territoires (Cndt). Au total, trois ‘’enfants’’ de Senghor sont actuellement au cœur de la gouvernance «libérale» de Macky Sall.

L’autre réalité est que Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng Djibo Kâ et bien d’autres, qui ont accompagné le senghorisme et le post senghorisme, ne sont plus jeunes. «Il faut aussi intégrer l’âge des acteurs politiques concernés. Aujourd’hui, fatigués, je ne pense pas qu’ils aient le temps de se retrouver dans l’opposition pour contester et respirer des gaz lacrymogènes. Car, à un moment donné, il faut savoir préparer sa retraite», a dit un enseignant-chercheur en Sciences politiques de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Préférant garder l’anonymat, il ajoute : «après avoir gagné, il est normal qu’il y ait rétribution des postes et des responsabilités. Dans ce cadre, Niasse et Tanor sont fondés à avoir quelque chose.» Pour lui, il n’y a pas une question d’héritage qui se pose au Ps, il est plutôt question de batailles internes. «Il y a des prises de positions, qui de l’extérieur, sont diversement interprétées. Mais à vrai dire, on ignore l’équilibre des forces. On ne sait pas également s’il existe une forte divergence entre Khalifa Sall et Tanor Dieng.»
 
Des hommes d’État qui doivent continuer de servir leur pays
Interpellé sur le sujet, El Hadji Barro Diène, socialiste de longue date et ancien porteur de pancartes, fait savoir que Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng et Djibo Kâ, sont des hommes d’État qui savent servir la République. Donc, ils peuvent facilement se retrouver au sommet du pouvoir. «Niasse a fait élire Wade, même si après leur relation n’a pas marché. Pour sa part, Tanor a su résister aux chocs de la défaite de 2000 et a participé à la chute de Wade. Il a tout ce qu’il faut pour être au sommet du régime Macky Sall de même que Djibo Kâ qui était avec Wade jusqu’à sa chute», a déclaré M. Diène.

Ousmane Sène ‘’Blé’’, également un ancien du Ps qui a connu Senghor et Diouf, croit savoir que les trois hommes ont connu des trajectoires différentes, occupé de hauts postes de responsabilités et connaissent très bien comment fonctionne l’État. Sous ce rapport, il est d’avis qu’ils peuvent et doivent continuer de servir leur pays, même s’il reste certain que le rêve de tout socialiste est de les voir se retrouver pour pérenniser ensemble l’héritage de Senghor. «Ce sont des hommes d’État que tout le monde veut avoir à ses côtés», clame-t-il.

Des positions qui ne sont pas partagées par Moussa Diop, un octogénaire qui n’a connu que le Parti socialiste : «Tanor n’a pas le droit de liquider le parti pour des postes. Il doit laisser Khalifa Sall et les autres faire le travail pour revenir au pouvoir.» Il rappelle que le vœu de Senghor a toujours été de conserver le pouvoir, sinon de le reconquérir après l’avoir perdu. «Il faut qu’il quitte la tête du parti», fait-il remarquer, non sans dire que Moustapha Niasse et Djibo Kâ ont trahi la «pensée socialiste» le jour où ils se sont retournés contre Abdou Diouf… (Abdoulaye Mbow)
 
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