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Misères de L’émergence, Émergence de La misère

Vendredi 2 Décembre 2016

Misères de L’émergence, Émergence de La misère
Par Pathé MBODJE, M. Sc, Journaliste, sociologue
 
La dégradation de l'environnement physique et moral durant les années d'ajustement structurel et de lutte contre la pauvreté a fini par aliéner le mental des populations. À l'échec des départs mal négociés lors du dégraissage de l'administration et de la restructuration bancaire des années 80, s'ajoutent une paupérisation grandissante des populations, toutes classes sociales confondues, et une impécuniosité qui explique à son tour la faiblesse de la puissance de l'autorité : cette faiblesse morale frappe et tue. L'absence ou l'excès d'eau détermine les relations entre les populations et rend un mauvais service à l'ajustement structurel, base de l’austérité.
 
Le Gouvernement sénégalais vient de dévoiler son budget 2016-2017 en pleine crise sociale marquée par une série de meurtres des plus sordides. Le budget de cette année est "historique", aux dires du grand argentier, avec les 3.000 milliards de francs Cfa dépassés ; il ne permet malheureusement pas de réduire les risques sociaux de tous ordres, l'insécurité et l'angoisse de populations sans perspective autre que la mort sous diverses formes, que l'on donne (l'augmentation des séries de meurtres) ou que l'on subit dans le ventre de l'Atlantique, "Barça ou Barsax" traduisant exactement ce don de soi face à une situation délicate à dépasser par tous les moyens.
 
La masse salariale reste le gros souci (800 milliards), alors que les institutions de Bretton Woods avertissent que l’on ne peut réaliser le moindre plan d’émergence si, déjà, 750 milliards vont à la masse salariale.
 
D'autre part, par leur origine et leur originalité, les meurtres aussi expliquent le désarroi d'une société sans repère, sans hiérarchie où l'on tue et meurt  pour un mégot de cigarette, pour une clé Usb, 100 francs ou pour trouver une dot de mariage...sinon une place dans l'échiquier politique. Autant dire que la redistribution de la richesse nationale ne permet pas encore de réduire les grands écarts sociaux ni la recherche de survie honorable : la récession est toujours là, qui a eu raison de Abdou Diouf, Me Abdoulaye Wade ; on l'appelle familièrement le Parti de la Demande Sociale.
 
Le champ est délimité : il est politique dans sa conception, son application et ses funestes conséquences, au sens grec.
Le plan "Sénégal émergent", héritier du Programme d'ajustement structurel du président Abdou Diouf, a engendré la lutte contre la pauvreté, ancêtre de la fusion effectuée par le président Macky Sall entre ce "Moins d'État Mieux d'État", la Stratégie de croissance accélérée, la vision de la haute administration sénégalaise du pays en l'An 2035 et le "Yoonu Yokkute" du candidat sans illusion devenu quatrième président de la République. Le budget de cette année renvoie également au Sénégal de 2035.
 
 «Pourtant, partout où elle est mise en œuvre, précisent Allan Popelard, Géographe, et Paul Vannier, Géographe à l’Institut français de géopolitique, université Paris-VIII, l’austérité produit l’inverse des effets annoncés. Elle perpétue la récession, accroît le niveau de dette publique et creuse les déficits. Entre 2008 et la fin de l’année 2013, le produit intérieur brut (PIB) de l’Italie a chuté de 8,3 % ; celui du Portugal, de 7,8 % ; celui de l’Espagne, de 6,1 %. Quant à la dette publique, depuis 2007, elle est passée de 25 % du PIB à 117 % en Irlande ; de 64 % à 103 % en France ; de 105 % à 175 % en Grèce. Tous ces pays sont des adeptes de la rigueur».
 
 La conséquence ?
«La baisse des prestations sociales, la diminution (relativement à l’inflation) des salaires et le gel des embauches des fonctionnaires – les trois principales formes de l’austérité – ont également contribué à l’augmentation du chômage. Situé autour de 12 % dans l’Union européenne, le taux de chômage s’élève, en Grèce, à 27,9 % en 2013 contre 10 % en 2007 ; en Espagne, à 26,7 % contre 7,3 % ; au Portugal, à 16 % contre 6,1 % ; et en Irlande, à près de 15 % contre 4,7 %. Conséquence : l’austérité grippe la consommation, l’un des principaux moteurs de l’activité, et affecte jusqu’à la santé des peuples : en Grèce, la baisse de 23,7 % du budget du ministère de la santé entre 2009 et 2011 s’est accompagnée d’une recrudescence de certaines maladies – les cas d’infections au virus de l’immunodéficience humaine (VIH/sida) ont par exemple augmenté de 57 % entre 2010 et 2011. Le nombre des suicides s’est envolé, quant à lui, de 22,7 % ». (« Manuel d’histoire critique », 2014, X. Ce monde qui vient, pages 162 et sq. in Le Monde Diplomatique).
 
Cette violence autodestructrice exercée sur la société rejoint la trilogie de Max Weber (altruiste, égoïste, anomique). Dans la cosmogonie africaine, le suicide n’est pas accepté : hôte de l’univers, l’individu est extérieur à lui-même et appartient à un Être supérieur devant lequel il doit se présenter entier. C’est ce qui sauve un peu (de) l’irrédentisme des musulmans sénégalais : l’animisme, déterminant en dernière analyse, fait à ce propos le lit de l’Islam et permet au  Sénégal d'éviter des pieds de nez d’individus extasiés qui retournent leur colère contre les populations sénégalaises, au sens culturel du terme.
 
La lutte contre les violences de ces derniers temps ne repose donc pas sur la multiplication des commissariats d'arrondissement et  des rondes policières : elle doit se concentrer sur le long terme à la détermination de la nouvelle société sénégalaise où les risques, l'insécurité et l'anxiété des populations trouveront une réponse...écologique, piste nouvelle de lutte contre la pauvreté : l'excès (inondations) ou la rareté (la longue sécheresse) de l'eau détermine en effet les relations entre classes sociales et ses effets sont plus durables que les résultats des plans d'émergence imaginés en réaction à la détérioration de l'environnement subséquente.
 
Le combat contre la pauvreté repose en gros sur l'environnement depuis les années 70, le reste en découlant : le niveau de l’éducation, le statut sur le marché de l’emploi, la taille du ménage, l’occupation du sol, problème environnemental fondamental et déterminant sont en effet des enfants de la présence ou de l'absence d'eau entraînant une stabilité plus ou moins aléatoire.
 
Le ministère de la Ville, sous le président Abdou Diouf, et ses différentes déclinaisons reconnait ainsi l'importance du cadre de vie comme élément de lutte contre la pauvreté dans une situation de tensions de trésorerie financière, quelle que soit la tendance Matamore des pouvoirs
 

 
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