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MARIEME FAYE SALL – La présidente non élue et ses réseaux d’affaires nocifs…

Mercredi 5 Octobre 2016

Entre des éléments puisés dans l’ouvrage « Reines d’Afrique. Le vrai pouvoir des premières dames », et divers témoignages  recueillis sous plusieurs formes, l’épouse du chef de l’Etat apparaît dans des contours inhabituels. Femme au foyer, dit-on d’elle, mais aussi et surtout détentrice de pouvoirs exercés en sourdine à l’ombre d’un président qui lui devrait tout ou presque.
 
On la savait d’une manière où d’une autre conseillère spéciale de son mari, avant et après l’inespérée victoire de mars 2012. Mais pas seulement. Elle est en réalité un coach pour lui. Un jour  de novembre 2008, veille d’un entretien présumé décisif avec Abdoulaye Wade en pleine crise à l’assemblée nationale, une scène de répétition a lieu chez les Sall. Dans ce « singulier face à face politico-matrimonial », Marième Faye Sall est dans la peau de Gorgui ; Macky Sall, lui, reste…Macky Sall, quasi certain de vivre ses dernières heures au perchoir de l’institution de la place Soweto. Une sorte de téléréalité destinée à fournir au « condamné à mort » du wadisme arrogant des ficelles pour résister à la rhétorique du chef.

Cette scène inédite est racontée par le journaliste Vincent Hugeux dans l’édition actualisée de « Reines d’Afrique. Le vrai roman des premières dames ». Une édition de poche consacrée à dix épouses de chefs d’Etat africains dont celle de celui du Sénégal.

Comme justification de cet exercice de communication dans laquelle elle imite « l’avocat Abdoulaye Wade », Marième Faye Sall explique. « Macky est très sentimental. Et il était clair que Wade tenterait de faire vibrer cette corde-là, sur le thème ‘’je suis ton père’’ ou ‘’tu sais combien j’ai besoin de toi.’’» L’objectif était donc affiché : « éventer (ensemble) le piège », dit-elle. La suite est connue : Macky Sall quitte le Pds, crée son parti, entame sa traversée du désert et arrive…à bon port quatre ans plus tard.

Depuis, la première dame du Sénégal a tenté de cultiver son image. Celle d’une femme au foyer qui voudrait donner l’impression de ne jamais oublier d’où elle vient. Donc qui elle est, comme rapporté dans l’ouvrage cité plus haut. Enfant d’une famille de huit bouts de bois de dieu, née en 1969 (d’un chef comptable d’ethnie sérère,  El Hadj Ass Faye, et d’une infirmière peule, Oumou Diallo,  «laquelle épousera en secondes noces, après le divorce du couple, prononcé en 1975, un directeur régional de l’urbanisme. »

« Certains me reprochent ma simplicité. On me dit que je suis folle, qu’une première dame a le devoir de faire preuve de retenue. Peu importe : je dois rester moi-même. Il ne s’agit après tout que d’une étape de ma vie, que je tiens à vivre avec humilité et sérénité », confie-t-elle à notre confrère. De fait, sa philosophie officielle est qu’il reste possible de donner une éducation normale » aux enfants du président de la république. « Je leur ai dit ceci : votre père a un mandat, pas vous. Il a peiné pour en arriver là. Ne jouez pas les ‘’fils de…’’. Je suis d’ailleurs allée voir le directeur de l’école de notre aîné pour l’inviter à ne lui réserver aucun traitement de faveur. Respect, politesse et travail. »
 
Coaching
Marième Faye Sall est-elle restée vraiment elle-même ? « Elle a perdu la tête avec le pouvoir », persifle une vieille connaissance plutôt proche de Me Wade que du président Sall, même si elle est restée plus ou moins amie avec le couple. Sous prétexte de mieux préciser sa pensée, elle rectifie ses propos en les renforçant : « en vérité, elle a pété un câble depuis que son mari a conquis le palais. »

Un jeune-vieux routier de la « famille libérale » que Macky Sall a préféré maintenir dans son giron « pour mieux (le) surveiller » privilégie l’aspect « devoir de contrôle » qui aurait structuré les rapports de Marième Faye Sall avec le pouvoir. « Son raisonnement est simple et ne manque pas de logique : elle croit que c’est elle qui a amené son mari au pouvoir, ce doit être elle donc, et elle seule, qui l’y maintiendra. » De là, découlent les supputations avérées et/ou fantasmatiques sur l’étendue des « responsabilités » qu’elle se serait accordées en tant que première dame. D’ailleurs, des soupçons avaient été très tôt décelés avec cette sortie tonitruante du ministre Mbagnick Ndiaye, revendiquant publiquement sa fierté d’avoir été nommé par ou grâce à la première dame, de même que son collègue des Sports, Matar Bâ.

« C’est elle qui a tous les pouvoirs… Elle limoge ou fait limoger qui elle veut. Ce que Mbagnick a dit par inadvertance, c’est comme un arbuste qui cacherait une forêt », souligne un ex-intime du couple Sall. « Vous sous-estimez Simone », lâche en écho une figure du business ayant gardé son amitié avec Me Wade tout en se rapprochant du président Sall. Simone, c’est le surnom attribué à Marième Faye Sall, en référence notamment à sa ressemblance physique avec l’épouse du président Laurent Gbagbo. « Par son influence, elle a relégué à la périphérie du pouvoir beaucoup de proches de son mari et installé une sorte de gouvernement parallèle dont les membres lui vouent une dévotion totale. » Dans le lot, son frère Mansour Faye placé au poste juteux de ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, maire de Saint-Louis « à ses heures perdues », Mame Mbaye Niang, le ministre de la Jeunesse, « un des rares fidèles à être resté avec le couple Sall lors de leur traversée du désert », Mbaye Ndiaye, ministre et conseiller spécial du président de la république, Abdou Aziz Mbaye, conseiller NTIC du chef de l’Etat, dont le fils né en décembre 2015 avait été baptisé Marième Faye Mbaye dite First et annoncé sur sa page Facebook, etc.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que la plupart des personnes qui ne seraient pas en phase avec elle ne restent pas dans le gouvernement », précise notre interlocuteur. « Et la règle est valable pour la quasi-totalité des directeurs de sociétés ou d’agences. »
 
« Simone »
Il n’empêche que l’épouse du chef de l’Etat est comparée à Mellie, la femme éternellement déprimée du président Fitzgerald Grant dans la série Scandal. « Plus grave, ajoute-t-elle, elle a fait doublement pression sur Macky Sall au moins à deux niveaux essentiels de la gouvernance : le changement de cap du chef de l’Etat concernant la durée du mandat, et l’accélération de la transhumance politique, en particulier avec les ex-amis du Parti démocratique sénégalais. »
 
A son tour, l’auteur s’interroge sur la posture faussement naïve de la première dame. « Marième aurait-elle aussi peu de poids qu’elle dit ? Pas sûr. Au temps où son conjoint régnait sur la primature, plus d’un expert en intrigues dakaroises prêtait à Miss Paratonnerre la faculté de faire ou de défaire les carrières », écrit, perplexe, Hugeux. Néanmoins, tempère-t-il dans la foulée, « de là à voir en elle un clone sénégalais de la furie ivoirienne Simone Gbagbo, au prétexte que les deux femmes ont en commun la carrure et la piété…»
 
Pour sa défense, Marième Faye Sall réfute toute influence sur son président d’époux. « Mon mari ne me consulte jamais (…) Il ne vient vers moi qu’en cas de problème. Pour ma part, je me fie à mon intuition féminine et le mets en garde contre tel ou tel écueil. Lui ne m’écoute pas, agit à sa guise, puis finit par convenir que j’avais raison. »

Alioune Fall, administrateur de la fondation Servir le Sénégal, nous expliquait lui aussi il y a quelques mois ce qu’est le rôle de la première dame auprès du président : assistante en relations publiques. « Elle soutient ses choix, fait dans la médiation et la diplomatie pour arrondir les angles dans des situations compliquées. »

Sur ce tempo, il est utile de rappeler, comme le fait l’ouvrage, les propos de Souleymane Jules Diop, ex-journaliste, ex-bloggeur, entré dans les grâces du couple, exfiltré du palais vers la station de secrétaire d’Etat chargé du suivi du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). « En élisant Macky Sall, les Sénégalais élisent aussi son épouse qui a autant contribué que lui à son parcours politique », écrivait-il.
 
De Farès à Sylla
Dans le sillage de la politique, la première dame du Sénégal « a des relations plus prosaïques : notamment celle qui la lie à l’épouse de Mohamed Farès, puissant businessman d’origine libanaise, dont le royaume s’étend de l’eau minérale au BTP », apprend-on dans « Reines d’Afrique ». Mais Farès ne serait rien « avec le controversé Abdoulaye Sylla, bizarrement propulsé par la Cour de répression de l’enrichissement illicite(Crei) dans le fauteuil d’administrateur provisoire d’Aviation Handling Service, une entreprise de manutention aéroportuaire. Que lui vaut cette faveur ?», s’interroge Hugeux. Pourquoi ? Parce que « Sylla a fondé en novembre 2012 (ndlr : huit mois après l’arrivée de Macky Sall au pouvoir) une entreprise de transport et de logistique – nommée Add Value – (qui) serait la filiale d’une société établie dans les Îles Vierges britanniques, paradis fiscal notoire. » Prudents, « plusieurs conseillers de Macky Sall ont jugé utile d’attirer son attention, par oral ou par écrit, sur la nocivité potentielle d’une telle proximité », rapporte notre confrère.

Marième Faye Sall a-t-elle échappé « à la tentation affairiste », comme l’y condamnait déjà un diplomate au début de la deuxième alternance ? Mystère, même si son « magistère de l’ombre » est devenu une évidence chez beaucoup de connaisseurs de la chose politique. Son autre obsession est la religion. « Elle est d’un mysticisme insoupçonné, souffle une de ses connaissances citées supra. Elle est capable d’aller jusqu’en Inde pour avoir ce qu’elle veut, prête à en payer le prix. » Un homme d’affaires de la place dakaroise la voit sous un autre angle : « elle est d’une piété exceptionnelle. Même si elle se couche à 2 heures ou 3 heures du matin, elle est sur pied à 5 heures pour ses prières. »

Adepte du « wird tidiane », elle confirme. « C’est ainsi : comme la plupart des Saint-louisiennes, je suis profondément religieuse. Une musulmane dévote. Vous n’imaginez pas à quel point ma foi peut m’aider… » La foi, mais aussi la tenue. A ses débuts son coach de fortune s’appelait Dominique Ouattara, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien. « Elle m’a donné d’utiles conseils pratiques. Comment s’asseoir et se tenir. Quel type de sac à main adopter. » Rien que ça. 
 
 
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