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Le silence coupable des marabouts du Sénégal

Jeudi 23 Mars 2017

Le silence coupable des marabouts du Sénégal
Je dois d'emblée souligner que c’est un sujet délicat à traiter du fait de certaines pesanteurs sociales qui annihilent toute tentative de prise de position et de liberté pour dénoncer le silence des marabouts sur des questions majeures qui à terme risquent de saper l’unité et la paix nationales. Le pays est traversé de part et d’autre par une crise des valeurs sans précédent.
 
Cette contribution risque de déplaire au milieu politico-affairiste et/ou confrérique et par voie de conséquence susciter une levée de boucliers contre moi sous forme d’insultes voire de menaces. En effet, elle a pour ambition de mettre la lumière de manière objective et en toute responsabilité sur les pratiques d’une certaine classe maraboutique d’un autre âge visant à asservir une bonne partie du corps social sénégalais. J’assume pleinement mon droit de regard en toute objectivité  sur toutes les questions sociales, politiques voire religieuses qui secouent le Sénégal.
 
Au pays de la Teranga, l’aristocratie maraboutique essaie vaille que vaille de sauvegarder ses intérêts et privilèges nonobstant la pauvreté de plus en plus accrue des Sénégalais. Elle est de fait l’allié du pouvoir politique. D’ailleurs, nos politiciens professionnels savent parfaitement l’utiliser en bon escient afin de mieux asservir les masses sans coup férir.
 
Les marabouts du Sénégal, pour l’essentiel d’entre eux, se taisent afin de ne pas gêner les autorités de la République et de ne pas surtout perdre leurs privilèges. Ils ne se soucient plus guère de la manière dont les droits fondamentaux des citoyens sont gérés par le pouvoir et souvent refusent de se prononcer sur les manquements graves et les entorses récurrentes à la bonne gestion des deniers publics. Ils ne s’offusquent pas du tout sur les multiples violations des droits inaliénables de nos compatriotes par les autorités de la République.
 
Cette passivité n’est possible que parce que trop souvent ils ont les mains liées. En effet, la plupart des pilleurs de nos ressources publiques partagent une partie de leur butin avec des marabouts sous forme d'assistance lors des cérémonies religieuses dans le but sournois de chercher des liens solides et une protection efficace contre le pouvoir judiciaire.
 
Nos politiciens professionnels veulent par-dessus tout que les citoyens sénégalais connaissent leur appartenance à telle ou telle famille maraboutique du pays. Ils ont même la propension de nous le rappeler lors de leur participation à des débats télévisuels. Nous n’avons pas besoin de savoir qui est votre marabout. Et après que voulez-vous ? Séduire les fidèles disciples de votre marabout. C’est justement peine perdue car les citoyens savent pertinemment que, très souvent, ce n’est que du voyeurisme de politicien en manque de notoriété publique.
 
Certains marabouts ne sortent souvent du bois que pour défendre les intérêts de leurs chapelles. Ils sont prompts à rappeler au gouvernement que le cahier de charges soumis aux autorités à l’occasion de telle ou telle cérémonie religieuse n’est pas totalement réalisé. Ainsi, ils dénoncent l’inertie des politiques et un manque de respect criard à l’encontre du guide religieux. Au plus, ils affirment après coup à leurs disciples qu’ils ne vont plus permettre cela et ils vont montrer à qui de droit leur mécontentement.
 
Le comble de cette situation ubuesque est l’empressement des autorités politiques à se justifier et à prendre des engagements séance tenante afin de ne pas subir le courroux d’une famille maraboutique du pays par calcul politicien opportuniste.
 
Par contre, lorsqu’ils sont satisfaits du soutien des autorités gouvernementales ou politiques, ils sont aux anges et ne tardent pas à le manifester de vive voix à quiconque veut l'entendre. Dans leur euphorie du moment, ils dressent un tableau reluisant des doléances satisfaites par les autorités (bitumage de la route principale du village, le nouveau forage, etc.) ou subventions reçues (riz en abondance, soutien financier important) et surtout la présence remarquée d’une pléthore d’officiels, du gouverneur aux ministres médusés et contraints de rester pour écouter  un monologue qui s'éloigne inexorablement du discours religieux. Beaucoup de nos marabouts utilisent les cérémonies religieuses pour s’enrichir. Ils sont plus enclins aux mondanités qu’à une vie ascétique.
 
Dans ces commémorations, ils enjolivent les fidèles en discourant sans fin sur les privilèges et pouvoirs surnaturels du marabout. Cet artifice leur permet entre autres de se focaliser uniquement sur le fondateur de la confrérie afin de mieux mystifier les fidèles pour qu’ils ne s’interrogent pas sur le pourquoi des choses. Ainsi, les disciples sont émerveillés d’écouter cette  rhétorique anesthésiante qui, au demeurant, les maintient dans la soumission et dans le refus de penser par soi même.
 
La plupart de nos marabouts jouent sur ce tableau dans le but de mieux les endormir et de profiter de leur naïveté irresponsable pour mieux les exploiter. Ils ne vont jamais à l’encontre des politiques pour défendre les valeurs traditionnelles et spirituelles. Pour l’essentiel, ils observent un silence suspect sur les dérives autoritaires et les menaces insupportables des responsables étatiques à l’encontre des citoyens sénégalais. Ils aiment la richesse et le luxe. Ils vivent comme des pachas entourés par une cohorte de fidèles soumis à leurs moindres caprices.
 
Cette catégorie de marabouts n’aime pas du tout travailler à la sueur du front pour gagner dignement leur vie, mais ils se contentent d'exploiter leurs disciples grâce à l’aura du guide de la confrérie. Ces marabouts sont les premiers à monter au créneau pour tenter de soustraire des mains de la justice partisane de Macky Sall des délinquants économiques et des criminels.
 
Les citoyens doivent avoir à l’esprit que ces marabouts se compromettent avec les responsables politiques afin de mieux profiter de nos maigres ressources publiques. Ils ont décidé d’investir le champ politique pour soutenir et accompagner le pouvoir au détriment de l'éthique et de l’intérêt général à leurs risques et périls parce que nous ils seront dénoncés et combattus comme nospoliticiens professionnels. Ils ont tronqué leurs habits de « religieux » à des fins personnelles et pécuniaires pour se faire une place au soleil.
 
C’est vraiment regrettable que ces petits marabouts jettent le discrédit sur les confréries maraboutiques qui peuvent jouer un grand rôle de régulation sociale avec responsabilité et justice. A force de s’enquiquiner avec nos politiciens professionnels, les citoyens sénégalais se méfient de plus en plus d’eux et les considèrent comme des profiteurs. Cette catégorie de marabouts maintient les Sénégalais dans la servitude et empêche le développement économique du pays. Il appartient aux citoyens responsables de dénoncer cette mainmise des marabouts sur nos consciences individuelles et sur nos vies.
 
Seules les autorités temporelles voire spirituelles qui s’activent quotidiennement à promouvoir la dignité intrinsèque de nos concitoyens, loin des palaces, et font preuve de courage, de responsabilité pour dénoncer et condamner toutes les injustices faites aux Sénégalais de tous bords, méritent amplement le respect. Malheureusement, on n’en trouve plus beaucoup au pays de nos illustres prédécesseurs à l’image de Cheikhoul Khadim, El hadji Malick Sy, Omar Foutiyou Tall, etc.
 
Les autres, eux, sont constamment  dans la démesure et le culte de la personnalité afin de mieux mystifier leurs talibés alors qu’ils représentent le portrait sans équivoque du faux marabout  que Serigne Touba décrit avec clairvoyance et finesse dans ses écrits de jurisprudence islamique. Parfois, ils profèrent soit des attaques dans le but machiavélique de terroriser les autorités publiques, soit ils se comportent comme des moutons dociles et sans esprit de rébellion destinés au sacrifice pour pouvoir bénéficier des avantages et des privilèges indus.
 
Le silence des marabouts, contrairement au discours du nouveau khalife général des Tidianes, sur le mal être du corps social sénégalais peut produire de facto les germes d’une révolte aux conséquences désastreuses. Nous y reviendrons inchallah dans une autre contribution.
 
PS : J’ai préféré utiliser à dessein le vocable de « marabout » pour montrer à merveille qu’il peut, au Sénégal, ne pas du tout épouser parfaitement les contours d’un véritable religieux. En effet, beaucoup de religieux à travers des conférences dénoncent les pratiques nauséabondes du pouvoir et la perte des valeurs de nombreux sénégalais. Par ailleurs, ils ne sont pas dans les combines. Ils sont pour l’essentiel des éducateurs et des modèles de probité morale, ce qui n’est pas forcément le cas d’une certaine classe de marabouts.
massambandiaye2012@gmail.com
 
 
 
 
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