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Le péril démocratique

Dimanche 5 Mars 2017

Le péril démocratique
En vérité, c’est le monde entier qui souffre de cette régression démocratique, où les fausses informations, la délation, le bradage des biens publics et les mensonges des élites ont créé un climat maussade, malsain.
 
 
Par Adama Gaye
 
Son ombre plane comme une menace mortelle sur le continent alors qu’elle promettait de le propulser vers son développement.
 
Au commencement, la démocratie, disait-on, serait la clé pour réaliser la deuxième indépendance africaine. Après la première obtenue trois décennies plus tôt mais vite capturée par les menées néo-colonialistes et embourbée dans la glaciation des relations internationales induite par les rivalités Est-Ouest, marqueur immuable de leur marche, l’espoir d’un nouveau jour s’était levé quand l’écroulement du mur de Berlin ayant divisé l’Europe et le monde survint le 9 novembre 1989.
 
Soudain, partout, les peuples retrouvaient l’envie de participer au jeu public, de franchir les frontières et de bousculer les leaderships politiques. Ce fut une période cha-cha-cha, dans l’attente d’un monde nouveau, meilleur, sur les ruines d’une idéologie dirigiste, dont la prétention globale mais surtout égalitaire dans la gestion des économies des pays l’ayant adoptée s’était fracassée sur le mur des pénuries et celle des cachotteries des nomenklaturas, les seules à bénéficier des datchas et autres avantages du système.
 
Son pourrissement fit le reste. Mais sitôt la démocratie revenue dans les ex-pays satellitaires d’une Union soviétique qui finira par rendre l’âme en 1991, les plus perspicaces surent qu’une boite de pandore venait d’être ouverte. L’alerte fut donnée dans les Balkans. Les peuples enivrés par leur liberté retrouvée n’avaient plus qu’une envie : réveiller leurs identités.
 
Ils ne sentaient plus le poids de ce joug d’un centralisme démocratique dont l’épicentre se trouvait au Kremlin, sous l’œil du KGB, l’alors toute puissant service de renseignements soviétique, et la menace des chars de l’Armée rouge, déployés en 1956 en Hongrie, puis en 1968 dans l’ex-Tchécoslovaquie.
 
Ce premier coup de semonce renseignait sur les limites d’un pluralisme politique promis par le rêve démocratique désormais entre les mains de ces peuples vivant dans une région du monde, dont le passé était volatil mais que des années de gestion politique verticale avait éloigné du spectre inquiétant de leur histoire. Le réveil fut brutal, meurtrier. Le monde se mit à traquer sur des cartes géographiques les noms de Srebrenica, Belgrade, Bosnie, Kossovo, etc.
 
La mort du maréchal Josip Broz Tito, résistant héroïque à l’avancée des forces soviétiques, avait fait voler en éclats le fédéralisme qu’il avait institué en Yougoslavie, en plus de se faire le chantre d’un non-alignement réunissant les régions du monde désireuses de se dépêtrer des tutelles idéologiques.
 
C’est dire que la démocratisation n’a pas seulement reconfiguré les espaces politiques des pays anciennement sous domination soviétique. Elle y a ramené en surface les nationalismes qui sommeillaient en leur sein. François Mitterrand, l’alors Président français, s’écria à bon droit : «le nationalisme, c’est la guerre !»
 
Tout ceci pour dire que les dégâts causés par la démocratie, son application au service de causes masquées, n’ont pas non plus épargné l’Afrique. C’est, me semble-t-il, l’un des résultats inattendus du scandale politico-financier qui engloutit Khalifa Sall, maire en voie d’être emporté par les eaux fétides des malversations financières auxquelles il se serait livré avec certains de ses collaborateurs.
 
C’est qu’autant elle a projeté sur de nombreuses régions du monde les identités ethniques, culturelles et sociales en compétition, autant, pour l’Afrique, son synonyme, dual, est la corruption et la concussion de ses bénéficiaires.
 
Tragique retournement de situation. Car lorsque les peuples africains ont mené le combat pour son triomphe, ils ne s’imaginaient pas qu’ils œuvraient à la promotion de forces interlopes, anti-démocratiques, peu soucieuses des idéaux la portant.
 
En quelques-années, partout sur le continent, ceux qui ont surfé sur le rêve démocratique, entretenu dans l’espoir qu’il libérerait les forces vives des nations africaines, ont vite fait de montrer leur vrai visage, une fois aux manettes du pouvoir.
 
Agissant en gangs, ils ont pris en otages Etats et collectivités locales, corrompu les leurs en s’enrichissant, mis en place des méthodes d’endiguement des processus démocratiques et écrasé toute velléité d’élargissement des libertés. Les institutions, sensées garantir l’équilibre des pouvoirs et sociétés, ont fini par être vandalisées. Le capital social, religieux ou sociétal, s’est, au passage, retrouvé aux orties…
 
Les voleurs, en quête d’argent, ont pris les places déterminantes autour des banquets d’Etat. Envelopper et non développer, est leur principe directeur.
 
On en arrive à regretter le temps des monopartismes quand une forme de méritocratie, portée par l’école publique, était le baromètre le plus pertinent, équitable.
 
Dire que les pays démocratisés en Afrique sont mal barrés relève, dès lors, d’un euphémisme, puisqu’au-delà de la politique même les investissements qu’on y amène, des CAS de détournements d’objectifs sont à l’œuvre par les pourvoyeurs de rétro-commissions.
 
En vérité, c’est le monde entier qui souffre de cette régression démocratique, où les fausses informations, la délation, le bradage des biens publics et les mensonges des élites ont créé un climat maussade, malsain.
 
Signe de ces temps: les populistes, protectionnistes, racistes  sont les nouveaux héros d’un monde affolé. Trump, Le Pen, Fillon, Orban, Netanyahou, et d’autres du même acabit, sont les prolongements de ces leaders africains ayant transformé l’espoir démocratique en péril dont les effets se lisent dans la détresse des peuples ne sachant plus à quel idéal se fier, surement pas à celui de la démocratie qui n’a jamais été conçue pour les médiocres…Alors, aux abris !
 
 
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