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LIBERATION DE KARIM WADE: L’emballage, les contraintes et le dessein

Mercredi 29 Juin 2016


Echaudé par des alliances fragiles, manquant de crédibilité politique (Benno Bokk Yaakaar et autres coalitions lilliputiennes), peu rassuré par un référendum au forceps qui s’est transformé en boulet, mal en point à l’Onu (Groupe de travail sur la détention arbitraire) et à Paris (plainte contre X déclarée recevable), Macky Sall s’est résolu à convoquer un «Dialogue national». Un emballage-machin instrumentalisé pour s’extirper du guêpier Karim Wade et de la traque des biens mal acquis. En espérant convertir une frange de ses ex «frères» du Pds à son mantra : un second mandat en 2019.



La libération de l’ancien ministre d’Etat sera l’aboutissement de plusieurs facteurs combinés. Au plan local, Macky Sall s’est rendu compte, à travers le référendum du 20 mars, que sa base politique et militante n’est pas en mesure de constituer un socle électoral sûr, suffisant et stable pour lui assurer une réélection en 2019. Le référendum, entreprise solitaire capitale d’un futur candidat soucieux de rempiler pour un second mandat, a été ce baromètre indispensable pour éclairer un chemin lisse à l’origine, rendu escarpé ensuite par une série de contre-performances totalement inédites que certains n’hésitent pas à mettre sur le compte de l’incompétence et de la roublardise.
 
Fragilités internes
Pour 2019, l’équation à résoudre n’est donc pas simplement liée à une victoire espérée du président sortant. Il est surtout question d’une victoire au premier tour, de «coup Ko», selon l’expression rendue célèbre par Alpha Condé. En effet, le syndrome des forces coalisées qui ont eu raison de la perspicacité et de la ténacité d’Abdoulaye Wade en 2012 et dont il a été le bénéficiaire fondamental est encore trop frais dans la mémoire du président Sall. C’est une peur panique contre laquelle il fallait commencer à travailler, après la neutralisation de ses alliés de la coalition Benno Bokk Yaakaar.

Le Palais s’est souvenu à temps que Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng qui n’avaient recueilli à la dernière présidentielle «que» 13% et 11% des suffrages du premier tour, ne sont certainement plus à ce niveau. L’Afp s’est scindée fragmentée avec le départ de Malick Gackou, le Ps fait face à un risque d’implosion. Sur son flanc «gauche», le Palais a pu aussi remarquer que le Pit et la Ld, sans être des greniers électoraux massifs pour la cause du chef, peuvent devenir incontrôlables si l’opinion réagit négativement au projet de libération de Karim Wade. L’érosion plausible de l’électorat consécutive aux insatisfactions nées de la gouvernance «sobre et vertueuse » de Macky Sall doit être anticipée.

C’est dans ce sens que le Pds, qui ferraillait contre le régime depuis quatre ans, affaibli par les scissions en cascade – Abdoulaye Baldé, Souleymane Ndéné Ndiaye, Modou Diagne Fada… - a été «choisi» comme bouée de sauvetage par Macky Sall. Des responsables libéraux soucieux de déjouer le coup de Sall, ont combattu en interne par principe et par souci de ne pas se couper d’une frange radicale du parti. Celle-ci est désormais complètement allergique à l’ex «frère» qu’elle sent fragile dans ses alliances actuelles.  
 
Facteurs externes
La Président de la république est tout aussi embêté par la conduite désastreuse de la traque dite des biens mal acquis. Notamment à l’étranger. Il n’échappe à personne que Karim Wade avait tissé un plus ou moins fidèle réseau d’amitiés dans le monde arabe. C’est en partie grâce à l’une de ces amitiés là, par exemple, que la bulle du Dubaï Port World, présentée à l’origine comme le scandale du siècle sénégalais, s’est dégonflée avant de devenir un simple conflit de préséance entre la direction du Port autonome de Dakar et le ministère de l’Economie et des Finances.

Selon nos informations, c’est dans l’opacité de ces mêmes amitiés élargies à deux ou trois pays arabes que s’est dénoué un des fils du casse-tête Karim Wade. L’Etat sénégalais, pour rester dans la logique du verdict de la Crei, avait à cœur de récupérer au moins une partie de la sanction financière de 138 milliards de francs Cfa infligée à l’ancien ministre d’Etat. Cette ardoise n’étant pas recouvrable chez le prisonnier, il n’est pas impossible que les pays «amis» aient proposé d’en régler une portion, mais on ignore à quelle hauteur. Si cela s’avérait, l’opération serait, de toutes les façons, politiquement inavouable. Et au plan procédural, le montant obtenu serait «difficile» à intégrer dans les états financiers de l’Etat. Ce qui ouvrirait la porte à toutes les éventualités non orthodoxes…

Quand bien même Karim Wade serait coupable, les «abus» développés par Macky Sall et sa Crei contre lui ont choqué au-delà de nos frontières. A plusieurs reprises, le Groupe de travail des Nations-Unies sur la détention arbitraire a rappelé le Sénégal à l’ordre en dénonçant le caractère inéquitable de son procès, sa détention «arbitraire», la durée de la procédure… Pour un Etat qui siège au Conseil de sécurité de l’Onu depuis janvier comme membre non permanent, c’est humiliant. Equation !  

C’est sur la base de cette position du Groupe de travail que Karim Wade, citoyen français, avait porté plainte contre X devant le tribunal de grande instance (Tgi). Un acte qui cible directement l’Etat du Sénégal et ses plus hautes autorités. Ladite plainte a été déclarée recevable par la juge d’instruction Sabine Khéris. Jusqu’où ira cette magistrate bourreau émergeant de figures politiques prestigieuses (mise en examen de Nicolas Sarkozy, mandat d’amener (annulé) contre Guillaume Soro, demande de renvoi devant la Cour de justice de la république des ex-ministres  Dominique de Villepin, Michel Barnier et Michelle Alliot-Marie pour obstructions à l’enquête sur le bombardement du camp français de Bouaké en 2004). 
 
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