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IDRISSA SECK – Un destin volatile et des épreuves de survie

Lundi 5 Décembre 2016

Depuis 2004, année de sa condamnation dans le cadre des chantiers de Thiès, Idrissa Seck vit des situations difficiles pour ne pas dire alarmantes. Placé deuxième derrière le candidat Wade lors de la présidentielle de 2007, il doit faire face à un véritable processus de démantèlement de son appareil politique depuis l’arrivée de Macky Sall au pouvoir. Tiendra-t-il le coup ?
 
Tout jeune directeur de campagne du candidat Wade en 2000, le Sénégal venait de découvrir un homme politique promis à un bel avenir. Il gravit très vite les échelons en devenant l’ombre du pape du Sopi. Ce qui a commencé bien avant l’accession de ce dernier à la magistrature suprême. Durant les années d’opposition et face au régime socialiste du Président Abdou Diouf, Idrissa Seck, par son éloquence et son verbe pointu, avait très tôt séduit nombre de Sénégalais. Décrit comme un homme intelligent, il a su se forger une place d’incontournable dans le cercle restreint des intimes de Wade.
 
Ministre d’État, directeur de cabinet du Président de la République puis Premier ministre en 2002 à la place de Mame Madior Boye, « Ndamal Kadior » est alors considéré comme le dauphin du chef de l’Etat, d’autant plus qu’il était également le numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (Pds). Un cumul de lauriers qui va attiser certaines jalousies mortelles, notamment dans le cadre des chantiers de Thiès.
 
Nous étions en 2004. Idrissa Seck est alors accusé d’avoir détourné plusieurs dizaines milliards de francs Cfa. L’assemblée nationale ayant voté sans sourciller sa mise en accusation à une écrasante majorité, il est conduit à Rebeuss puis livré aux juges de la Haute Cour de Justice. Les charges sont lourdes contre lui. Il passera 199 jours en prison.
 
Des voix d’une grande influence commencent à réclamer sa libération. Des interventions qui n’ont pas été sans impacts puisqu’il va bénéficier au début de l’année 2006 d’un non-lieu pour l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État ainsi que sur les dossiers des chantiers de Thiès. Il est libéré le 7 février de la même année, en toute discrétion. Les négociations par notaires interposés étaient passées par là. C’était quelques minutes avant le coup d’envoi de la 25e Coupe d’Afrique des nations dans un match qui allait opposer le Sénégal à l’Égypte. Une décision bien calculée par les autorités dans l’unique but d’éviter un grand rassemblement aux alentours de la maison d’arrêt.
   
Naissance de Rewmi et candidat à la présidentielle de 2007
Durant cette même année et après avoir subi les attaques à outrance de Wade, Idrissa Seck décide de se jeter dans la course à la présidentielle de 2007. Entre temps, Macky Sall qui lui a succédé à la Primature avait lancé l’opération ‘’déséckysation’’, obligeant les soutiens et sympathisants de l’ancien premier ministre à choisir leur camp : rallier la cause du Pds ou perdre leurs postes respectifs. Après avoir appelé à une « large coalition » autour de sa personne, Seck obtient le soutien de plusieurs responsables libéraux. Gonflé à bloc, il peut annoncer officiellement sa candidature. C’était le 4 avril 2006, jour de la célébration de la fête d’indépendance.
 
La suite s’est passée de commentaires : foules monstres, discours guerriers à la limite de la loyauté et de la sédition, matraquage sans répit du régime de Wade. Le vent en poupe, Idrissa Seck est tellement dans l’euphorie que de nombreux observateurs n’écartent plus, à son profit, une victoire à la présidentielle de 2007. Mais les réalités du pouvoir se sont révélées plus fortes. Wade écrase tous ses adversaires avec 55,90% des suffrages dès le premier tour de scrutin. Macky Sall était son directeur de campagne et premier ministre sortant. Idrissa put néanmoins se consoler avec une excellente deuxième place grâce à ses 15% de voix, devant des dinosaures socio-démocrates balayés, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng.
 
Maître incontesté à Thiès
Reprenant du poil de la bête, il reste maître incontesté à Thiès. Malgré les assauts adverses et la promotion par le pouvoir de responsables de la capitale du rail à des postes de responsabilités, le président du parti Rewmi gagne à tous les coups. Me Wade aura échoué à le déboulonner de son piédestal jusqu’à sa chute en 2012.
 
C’est avec la même ténacité, réorientée autrement, que Macky Sall s’est employé à mettre en place un processus d’affaiblissement d’un de ses adversaires potentiels aux prochaines élections. Sa méthode est feutrée : c’est le démantèlement de l’appareil politique de Rewmi. C’est de bonne guerre : Idrissa Seck a exactement fait la même chose avec le Parti socialiste en particulier à partir de 2000.
 
Dans son fief de Thiès, il a perdu du terrain mais reste encore puissant, même si Talla Sylla qu’il a aidé à devenir maire de la ville en 2014 a préféré rejoindre la mouvance présidentielle à travers son mouvement ‘’Fal Askan-Wi’’ et appelé à une liste forte autour de Benno Bokk Yaakaar aux législatives de juin 2017.
 
Processus de démantèlement
En fait, disent ses partisans, Seck est victime d’une véritable politique de désherbage qui vise sa formation politique, Rewmi. Dans un contexte où la transhumance politique est une valeur partagée, les velléités du pouvoir dans ce sens en sont facilitées.
 
Qui avait imaginé qu’un jour, Awa Guèye Kébé lâcherait Idrissa Seck, son quasi jumeau, après avoir gelé ses activités politiques au sein de Rewmi ? Après une audience avec le Président Sall en 2013, elle plie bagages. Autre proche ayant décampé, Youssou Diagne, un fidèle d’entre les fidèles qui n’avait jamais rêvé de devenir président de l’assemblée nationale sans la puissance acquise de Seck aux premières heures de la première alternance.
 
D’autres figures de Rewmi quitteront la barque, comme dans un processus synchronisé. Elles ont pour noms Waly Fall, ex-maire de Dieuppeul-Derklé devenu soutien de Macky Sall, Ousmane Thiongane, chargé de communication ayant rejoint l’Omvs, Mamy Aïda Fall dite Cocotte, élue municipale à Thiès-Est, Maïmouna Dieng, première adjointe à la mairie de Thiès. Sans oublier Pape Mboup, maire de Khombole, Maïmouna Yade, une responsable des femmes, le Dr Papis Ndoye, médecin des équipes nationales… D’envergure politique moindre, Abdou Silèye Kidiéra, Cheikhouna Ibrahima Mané, Moussa Diop désertent également le navire. Côté glamour, même Léna Sène, sa directrice de campagne à la présidentielle de 2012, s’en va monnayer ses talents dans le secteur privé. Convaincue par qui ?
 
Lieutenants volatiles
Mais, les départs qui ont le plus secoué Rewmi restent ceux de ses fidèles lieutenants. Dont Pape Diouf et Oumar Guèye, tous deux nommés ministres dans le premier gouvernement de Macky Sall au titre de l’apport d’Idrissa Seck à la défaite d’Abdoulaye Wade, tous deux bien installés aujourd’hui dans la majorité présidentielle. Le premier a lancé son « Mouvement pour la défense de la République; le second, ministre de l’Économie maritime, est à la tête d’un mouvement dénommé ‘’Vaste rassemblement pour le progrès’’ (Vrp).
 
Me Nafissatou Diop Cissé, ex-notaire préférée au cœur des grands dossiers judiciaires qui ont marqué le passage de Seck au pouvoir, est devenue une grande admiratrice du chef de l’Etat et de la première dame. Elle préside le conseil d’administration du Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis). Sans oublier le député Oumar Sarr, initiateur du Groupe pour la refondation de Rewmi…
 
« Encore debout ». C’est le slogan qui semble servir de mot d’ordre de résistance au parti d’Idrissa Seck. La « résistance » se fait tant bien que mal. Rewmi et son leader se disent plus que jamais dans l’opposition au pouvoir, entre le Cadre de concertation de l’opposition (C2O) et le Front pour la défense de la République (Fds) Manko Wattù Senegaal. (Abdoulaye Mbow)
 
 
Joe waly Diam
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