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Elimane Haby KANE (Expert en Gouvernance): «Paul Kagamé, le prototype du leader africain moderne»

Lundi 29 Mai 2017

Le Sénégal vit une période charnière pendant laquelle les choix politiques qui s’y opèrent peuvent déterminer la destinée de toute une Nation pour au moins deux générations à venir. Le contexte est à la fois critique et riche en opportunités à transformer en véritables atouts pour le pays et les Sénégalais d’abord.
 
C’est surtout en référence aux nouveaux enjeux relatifs à la  mobilisation des ressources domestiques, avec les importantes réserves de pétrole et de gaz découvertes dans le pays, mais aussi la remise en question d’un certain nombre de déterminants en matière de politiques économiques, comme la politique monétaire, la politique fiscale,….
 
Face à cette complexité spécifique à ce moment historique que nous vivons, le pays a besoin d’un leader visionnaire, courageux, moralement robuste et doté d’une perspicacité sociale exceptionnelle pour pouvoir conduire les transformations profondes vers lesquelles nous devons manœuvrer.
 
Il doit aussi être un homme proche de son peuple qui a des réseaux relationnels au sein du peuple et dans les lieux d’inscription sociale des citoyens, mais aussi à l’étranger, et surtout qui ne nourrit aucun complexe face aux partenaires au développement. Nous avons donc besoin d’un rassembleur qui doit lui-même avoir un comportement exemplaire et une réputation irréprochable.
 
Cependant, il est important de préciser que ceci ne sera pas la tâche d’une seule personne, d’un superman ou superwoman. Ce sera plutôt l’œuvre d’un peuple uni par l’essentiel et massivement mobilisé pour assumer les sacrifices individuels et collectifs nécessaires au grand changement par lequel nous devrons impérativement passer pour avoir le profil des défis à relever.
 
Malheureusement, le pays fait aussi face à une crise de leadership politique, économique et social. C’est pour moi une relative opacité que nous traversons et cette opacité révèle une mission qui devrait être celle de l’élite qui doit produire un président ou une présidente de la république, à qui notre constitution donne le pouvoir exorbitant de déterminer la politique de la nation, de désigner les équipes et agents qui doivent faire fonctionner notre Etat et même d’influencer par son ascendance dans son parti, le choix des autres représentants du peuple, soit à l’assemblée nationale et dans les collectivités locales.
 
Le régime hyper présidentialiste qui détermine notre forme de république  ainsi que le système d’organisation du mode d’accession au pouvoir ne favorise malheureusement pas l’essor de ce type de leader qu’il nous faut.  Car pour faire la différence dans ce pays, dans le contexte actuel de nos lois et pratiques, il faut être un homme d’appareil, un Midas ou un ami de Crésus pour pouvoir récolter les votes des Sénégalais.
 
Le clientélisme sociologico-politicien, la corruption des mœurs, le déficit de conscience citoyenne de la grande masse, la forte dose d’irrationalité et de sentimentalisme sont autant de facteurs négatifs qui pèsent sur les choix des électeurs mobilisés.
 
Cette tendance est peu favorable aux éléments en marge du type du Sénégalais moyen, qui voudraient arriver au sommet seulement par leur originalité, leurs belles et heureuses idées, quelles que soient leurs compétences, quel que soit leur degré de patriotisme. Etant donné que la forte majorité réelle des citoyens se démobilise face à la persistance de ce système vicié depuis plusieurs années, elle endigue par ce comportement qui gagne de plus en plus de terrain, les possibilités d’émergence d’un nouveau type de leadership.
 
En définitive, le leadership idéal pour changer la donne au Sénégal est encore inhibé par les « grandes gueules » de la classe politique traditionnelle, obstrué par des pratiques peu orthodoxes du jeu politicien et n’a pas encore de pouvoir incisif pour mobiliser le peuple réel, sauf si un mouvement socio-politique de refondation arrive à se construire et à porter ce nouveau type de leadership.
 
Malheureusement, notre contexte actuel réclame un changement de paradigme que la plupart des  leaders actuels sur l’échiquier politique ne sera pas capable d’opérer. La politique étant aussi une combinaison d’efforts entreprenant et un dividende de l’opinion publique, sortir du néant est une vraie gageure. Mais, peut-être qu’au Sénégal, une sensibilité féminine nous permettrait de nous accommoder du pouvoir autrement que dans la jouissance, la prédation et l’accaparement !
 
En fin de compte, pour moi le prototype d’un leader africain moderne répondant aux exigences et enjeux du moment, c’est le modèle standard de Paul Kagamé du Rwanda. Il a su mobiliser son peuple sur l’essentiel, redresser un pays qui était entièrement décidé par les démons de la division, et imprimer un leadership fort et stratège qui distingue son pays parmi les mieux gouvernés au monde.
 
Son passage à l’Union Africaine a pu également impulser des perspectives de souveraineté dans cette institution au point de réveiller par son influence le militantisme panafricain d’un président comme Alpha Condé.
 
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