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DEBAT INDIRECT… SEYDOU GUEYE (APR) VS BABACAR GAYE (PDS) : Les partis politiques et l’équation de la représentativité

Mercredi 15 Mars 2017

Les partis politiques réclament une certaine représentativité, mais refusent d’aller aux élections législatives sous leur propre bannière. Est-ce qu’une telle démarche peut permettre de mesurer leur véritable poids électoral ?
 
Seydou Guèye - Il est important de cerner les enjeux d’une élection pour pouvoir comprendre les motivations qui fondent les rapprochements partisans. La représentativité politique ne doit pas uniquement se mesurer en termes de quantité électorale, mais dans la capacité d’un parti à rassembler sous sa bannière plusieurs formations politiques pour aller à la quête du suffrage des Sénégalais. Lorsqu’on parle d’élections législatives, il s’agit de représentation parlementaire. En d’autres termes, il s’agit de faire le choix d’un personnel politique qui doit assumer une responsabilité nationale au profit exclusif du peuple. Dès lors, il est nécessaire d’avoir une parfaite convergence de vues sur les personnes qui doivent être choisies et  qui doivent être représentatives du Sénégal et non d’une seule tendance politique. A l’Alliance pour la République (APR), nous avons fait le choix constant d’être en alliance avec les forces avec lesquelles nous partageons les mêmes idéaux républicains, pour conforter notre poids électoral et donner au Président Macky Sall une majorité parlementaire confortable, afin de lui permettre de dérouler le Plan Sénégal Émergent (Pse) au profit exclusif de la transformation structurelle de notre économie dans une dynamique de progrès social. A cet effet, notre pôle républicain articulé autour de la Coalition Benno Bokk Yaakaar s’inscrit dans une logique de rassemblement majoritaire pour lutter contre toute forme d’atomisation de l’espace politique. L’Apr pour la République n’est pas dans une logique de gouvernance solitaire. Les partis, qui ont fait le choix d’être avec nous, ont un ancrage électoral réel, parce que représentatifs du peuple sénégalais, eu égard à leur histoire politique. Alors, pourquoi vouloir réduire le champ politique à des compétitions d’ambitions individuelles qui n’ont aucune dimension programmatique ? L’Apr n’est pas dans cette logique, même si, en termes de suffrages, nous sommes le premier parti au Sénégal.  
 
Babacar Gaye - Je ne pense pas que si les grands partis comme le Pds, le PS ou l’Apr mettent en place une coalition électorale, c’est pour ne pas affronter seuls, le suffrage universel. Historiquement le PS et le PDS participaient toujours aux élections législatives sans coalition. Depuis, le multipartisme intégral corollaire de la dislocation des grandes familles politiques, a engendré l’émiettement de la classe politique et l’émergence de  forces nouvelles qui aspirent à la notabilité démocratique. Qui plus est, la culture partisane hégémonique cède la place au réalisme et à l’exigence d’une approche holistique.
 
Est-ce la crainte d’une humiliation dans les urnes qui pousse des partis politiques à éviter de participer à une élection comme les législatives sans alliés ?
 
Seydou Guèye - Au-delà de la logique arithmétique, - nous avons près de 300 partis politiques au Sénégal - il faut comprendre que ce sont les alliances qui déterminent la capacité entrepreneuriale d’une formation politique. Je ne vois pas l’intérêt pour un parti politique de faire le choix d’aller seul à des élections  juste pour mesurer son score. Ce serait absurde et c’est manquer d’ambition pour le progrès de son pays. Une alliance électorale n’est pas un refuge pour des partis à l’épaisseur politique fragile. Une alliance électorale se  fonde sur  la maturité d’un projet politique. Et concernant la Coalition Benno Bokk Yaakaar, c’est la preuve éclatante d’une adhésion programmatique autour des idéaux du Président Macky Sall. Mais aussi et surtout un moyen d’amplifier la représentativité politique à l’Assemblée nationale et d’éviter les travers du «monocolorisme» préjudiciable à la  diversité démocratique.
 
Babacar Gaye - Pour certaines formations qui n’ont pas une assise nationale avérée, il serait suicidaire d’aller aux élections législatives en marge d’une coalition. Et cela peut se comprendre dans la mesure où la nature du système électoral ne favorise pas la représentation des ‘’petits partis’’. En effet, le scrutin majoritaire plurinominal à un tour au niveau du département ne permet pas l’élection d’un candidat investi sur une liste présentée par un seul parti politique. Car, il suffit d’une petite majorité relative pour qu’une liste, même minoritaire rafle les sièges en compétition. C’est le ‘’raw gadou’’ qui ne permet pas l'expression intégrale du suffrage universel.
 
Les coalitions ne sont-elles pas devenues des refuges pour les partis politiques ?
 
Seydou Guèye - A mon sens, il nous faut dépasser cette approche caricature de la politique. L’article 4 de notre Constitution est clair : « les partis politiques et coalitions de partis politiques concourent à l’expression du suffrage dans les conditions fixées par la Constitution et par la loi. Ils œuvrent à la formation des citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques». Alors pourquoi vouloir casser à tout prix la dynamique unitaire de formations politiques qui ont choisi d’aller ensemble à une compétition électorale ?  L’alliance n’est ni raccourci, ni moyen détourné pour migrer vers le cœur du pouvoir. Il s’agit d’un projet politique bâti autour d’une convergence programmatique qui dépasse les clivages partisans. Et c’est cela qui fait le charme de notre démocratie par sa capacité à fédérer des forces militantes autour d’un idéal : Le Sénégal émergent. Il est vrai aussi que les coalitions peuvent constituer un excellent moyen de rationaliser les partis politiques et de les moderniser. Il y a un pas à franchir pour bâtir dans notre pays des partis de courants autour d’un socle de valeurs partagées. Cela aiderait sûrement à dépasser la crise de l’offre politique et du leadership dans les partis dans l’épreuve de vérité dont nous avons tant besoin, pour organiser le débat politique et citoyen, projet contre projet, et sortir du choc des ambitions personnelles exclusivement préoccupées d’accéder au pouvoir.
 
Babacar Gaye - Il faut relativiser. Il y’a des partis assez représentatifs pour affronter le suffrage des Sénégalais. Mais, il faut reconnaître qu’aucun parti, seul, ne peut avoir une majorité à l’Assemblée nationale. C’est pourquoi, le parti ou la coalition au pouvoir fait tout pour consolider sa base avant de travailler à l’élargir afin de résister aux ambitions des partis de l’opposition qui sont conscients de la nécessité de faire bloc autour de coalitions électorales, la plupart du temps sans lendemain. C’est ce qui conduit naturellement à une démocratie multi voire bipolaire. Cependant, il restera toujours quelques téméraires qui, pour des raisons dont ils ont seul le secret, affrontent le suffrage universel la tête baissée. Pour conclure, ma conviction est que le Sénégal gagnerait à promouvoir un système électoral avec un scrutin majoritaire uninominal par circonscription à deux tours pour que toutes les forces politiques ainsi que les organisations de la société civile parrainent des candidatures crédibles à l’échelle de la circonscription électorale qui naitrait d’un juste découpage électoral. (Par Abdoulaye MBOW)

 
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