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Crises au Parti socialiste – La main de fer qui fait l’ordre et la loi

Mardi 17 Janvier 2017

Alors que des responsables et militants socialistes, tous proches de Khalifa Sall, sont aux mains de la justice pour « tentative d’assassinat, violences, voies de fait, destruction de biens appartenant à autrui, menaces de morts » dans le dossier des violences survenus à la Maison du parti en mars 2016, on s’interroge sur les capacités du maire de Dakar à répondre aux enjeux d’une situation qui l’interpelle directement.
 
Tout est parti de la période à laquelle, le secrétaire général du Parti Socialiste (Ps), Ousmane Tanor Dieng, après une série d’échecs aux différentes joutes électorales et des promesses de passer le flambeau à l’issue de la présidentielle de 2012, avait lui aussi eu recours au reniement de sa parole en restant plus que jamais à la tête du parti. Malick Noel Seck était alors l’un des rares socialistes à avoir pressenti les prémisses de ce revirement du patron du Ps et s’y était opposé à sa manière. Ce qui allait lui valoir une exclusion mouvementée. Depuis, Ousmane Tanor Dieng s’est encore affirmé en posant une main de fer sur le Ps.
 
Egoïsme ? C’est l’un des qualificatifs les mieux partagés chez des socialistes pour flétrir la posture dominatrice de celui à qui Abdou Diouf avait livré le Ps à des heures troubles de son existence. Ici et là, on s’émeut de sa propension à « brader » un parti vieux comme le monde sur l’autel de ses propres ambitions et préoccupations en rapport avec les sollicitations du président de la république. On ne comprend pas également, ici et là, qu’il ne veuille point s’effacer au profit de générations plus jeunes et non moins compétentes pour assurer l’avenir d’une formation politique historique jadis considéré comme la plus organisée, la plus structurée et la plus disciplinée au Sénégal.
 
Beaucoup de socialistes s’indignent que leur leader n’ait jamais songé à mettre le pied à l’étrier à Khalifa Sall ou Aïssata Tall Sall en perspective de combats politiques auxquels il ne pourrait plus prendre part – eu égard notamment à son âge mais aussi à cause des échecs accumulés et dont il est le principal responsable. Après sa défaite au premier tour de la dernière présidentielle, le moment était bien choisi pour lui, dit-on, de jouir de cette posture de sage autour duquel tourneraient les grandes orientations socialistes, notamment les relations avec le pouvoir de Sall.
 
En lieu et place de cette perspective qui aurait donné une jeunesse nouvelle au parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng n’a cessé d’avoir les yeux rivés sur des postes nominatifs, comme pour cultiver cette rivalité éternellement fratricide avec Moustapha Niasse, président de l’Assemblée nationale depuis l’alternance. Pour Tanor, l’honneur d’un titre de « président » en dehors de celui conféré par ses fonctions partisanes semblait une obsession. D’où cette alliance jugée aveugle par des socialistes avec le chef de l’Etat qui lui enlevait une grande partie de sa marge de manœuvre potentielle.
 
Qui ose affronter Tanor Dieng ?
La crise actuelle que traverse le parti socialiste, avec les inculpations de Bamba Fall, maire de la Médina, de Bira Kane Ndiaye, directeur de cabinet du maire de Dakar, et d’une dizaine de jeunes militants socialistes, a atteint un paroxysme. Car les violences initiales qui ont abouti à ce dossier judiciaire relèvent de divergences politiques graves nées de la posture prise par le parti lors des débats autour du projet de référendum constitutionnel de février-mars 2016. Les deux frondeurs socialistes en chef, Khalifa Sall et Aïssata Tall Sall, avaient appelé à voter « Non ». Pour Tanor Dieng et ses amis, c’était la ligne rouge à ne pas franchir.
 
De fait, les événements du 5 mars dernier – suivis des responsabilités pénales qui en ont été tirées par le pouvoir et la police - ont comme été une aubaine pour la direction du parti de liquider « légitimement » la frange contestatrice sans avoir eu l’air d’y toucher. En fin de compte, Khalifa Sall est placé encore une fois devant ses responsabilités : non seulement il est visé dans l’affaire mais il est pratiquement tenu de passer à un niveau supérieur dans sa stratégie d’opposition à la fois contre Ousmane Tanor Dieng et contre  Macky Sall qui, par ailleurs, le contraint, financièrement et techniquement, à une plus grande modestie dans ses ambitions pour la ville de Dakar.
 
Alors, se pose une question : est-il tenu au collet par le secrétaire général du Ps au point qu’il ne puisse pas sortir de ses gongs ? « Seuls ceux qui ne connaissent pas le parti invitent Aïssata, Khalifa, Barth ou Bamba à faire face à Tanor. Mais eux savent bien qu’ils n’oseront jamais le faire », soufflent des socialiste proches de Tanor Dieng. « Après les négociations et les pourparlers, viendra le temps des sanctions », avertissait Tanor Dieng. Il semble en effet que l’on n’en soit plus très loin.  (Cheikh Anta SECK)
 
 
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