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Côte d’Ivoire: un accord aurait été trouvé avec les mutins

Lundi 15 Mai 2017

"Un accord" annoncé par le gouvernement et dont les modalités n'ont pas été divulguées a été trouvé avec les soldats mutins dont le mouvement avait pris de l'ampleur lundi avec des troubles importants à Abidjan, Bouaké et plusieurs autres villes du pays.

"A l'issue des échanges (avec les mutins) un accord a été trouvé sur les modalités de sortie de crise. Nous appelons l'ensemble des soldats (...) à retourner dans les casernes (...) Tout est mis en oeuvre pour un retour rapide à une situation apaisée", a déclaré le ministre de la Défense Alain Rchard Donwahi.

L'annonce diffusée sur la chaîne nationale a duré moins de deux minutes.

Joint au téléphone à Bouaké, un mutin a indiqué que lui et ses camarades "attendaient de connaître le contenu de l'accord" avant de décider de la suite de leur mouvement.

Quelques minutes après la déclaration, des tirs ont été entendus au Camp Gallieni au centre ville d'Abidjan et à Bouaké, sans qu'on sache s'il s'agissait de manifestations de joie ou d'un refus.

Aucune autorité n'était disponible dans l'immédiat pour expliquer l'accord.

"C'est évident que le gouvernement a cédé sur le paiement. Il reste à avoir quel est le dosage: c'est-à-dire combien ont-ils laché ? Etant données la situation sécuritaire et les promesses faites en janvier, il ne semblait pas y avoir d'autre porte de sortie", a analysé un spécialiste de l'armée ivoirienne, sous couvert de l'anonymat.

Lundi, le mouvement qui trouble la Côte d'Ivoire depuis vendredi avait grandi pour prendre des "proportions inquiétantes" de même source.

"Ce n'est pas un coup d'Etat. Quand il (le président Alassane Ouattara) paiera, on rentrera chez nous", avait assuré sous couvert d'anonymat un porte-parole des mutins à Bouaké, épicentre de la mutinerie.

Les mutins sont des anciens rebelles qui ont soutenu M. Ouattara pendant la crise électorale de 2010-2011 et qui ont ensuite été intégrés à l'armée.

La situation était aussi tendue à Korhogo où des soldats en colère ont tiré en l'air, créant un vent de panique dans la ville, la principale du nord du pays. Dans cette région, les policiers, gendarmes et douaniers ont déserté les différents postes frontaliers, alors que le trafic routier avec le Mali, le Burkina et vers le Niger était paralysé.

A San Pedro, deuxième port de Côte d'Ivoire, stratégique pour l'exportation de cacao dont le pays est le premier producteur mondial, des tirs "assourdissants retentissaient dans la zone portuaire", selon des témoins.

A Man (ouest), Bondoukou (est) et Daloa (centre), des tirs sporadiques étaient entendus.

Tirs au Plateau
Alors que la situation dans la capitale économique Abidjan avait été calme pendant le week-end, de nombreux tirs y ont retenti lundi matin en provenance des deux camps d'Akouedo, formant la plus grande caserne du pays. Plusieurs axes important de la ville avaient été barrés.

Des tirs étaient également audibles en provenance du camp Gallieni, au Plateau, qui avait été un des points chauds de la journée de vendredi.

Le Plateau, quartier administratif et des affaires d'Abidjan était totalement désert. Les grands magasins, les banques et tous les bureaux ont fermé. Un important cordon sécuritaire a été déployé autour du palais présidentiel, alors que les locaux de la radio nationale étaient puissamment gardés.

"Ils (le gouvernement) croient que c'est fini à Abidjan, ils vont voir... Akouedo, Gallieni, c'est nos frères, on est tous pareil. On a des téléphones, on se parle", avait souligné dimanche un des mutins de Bouaké, promettant que le mouvement allait s'étendre.

Le lycée français Blaise Pascal ainsi que l’école Jacques Prévert ont été fermés, le consulat de France recommandant d’éviter tout déplacement.

Les mutins réclament les reliquats des primes promises par le gouvernement après les mutineries de janvier qui ont ébranlé le pays.

A l'époque, ils avaient réclamé 12 millions de francs CFA de primes (18.000 euros) pour chacun d'eux (des sommes importantes pour le pays), et obtenu le versement dès janvier de 5 millions (7.500 euros). On leur avait promis les 7 millions restants par tranche à partir de ce mois de mai.

Jeudi, un représentant de soldats avait annoncé renoncer aux revendications financières, lors d'une cérémonie en présence du président Alassane Ouattara, qui se voulait un point final à la protestation des forces de sécurité.

Loin d'apaiser la situation, cette cérémonie a déclenché un nouveau mouvement d'humeur dans ce pays d'Afrique de l'Ouest durement touché par l'effondrement des cours du cacao, vital pour son économie.
 
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