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Côte d'Ivoire: les mutins de Bouaké refusent de rentrer dans le rang

Dimanche 14 Mai 2017

Deux blessés par balle, accès à la ville bloqués, tirs en l'air et patrouilles: de 100 à 300 soldats mutins de Bouaké (centre), deuxième ville de Côte d'Ivoire, refusaient samedi de renoncer aux primes promises et continuaient de défier les autorités.

La situation était également tendue à Daloa (centre) et Korhogo (Nord) mais était redevenue calame à Abidjan après la tension de la veille.

"Nous voulons notre argent", lançait samedi à Bouaké sous couvert d'anonymat l'un des mutins, portant une cagoule.

Ces mutins ont chassé les policiers qui contrôlent habituellement les "corridors", et bloqué les accès à Bouaké. Les corridors Nord et Sud sont situés sur le principal axe routier du pays reliant Abidjan, au Nord.

Les mutins tiraient sporadiquement en l'air et les banques et les magasins n'ont pas ouvert.

Dans la matinée, un groupe d'entre eux a ouvert le feu, faisant un blessé grave, sur des anciens rebelles "démobilisés" qui avaient manifesté lundi pour demander, eux aussi, des primes.

"Ils étaient au moins dix +soldats+ armés de kalachnikovs. Ils ont commencé à tirer sur nous. Selon eux, depuis que nous sommes sortis (manifestation de lundi), nous avons réduit leur chance d'avoir leur argent. Ils disent que le président Alassane Ouattara veut nous donner le reste de leur argent", a affirmé Aboudou Diakité, un "démobilisé".

Les "démobilisés", sont d'anciens rebelles (qui contrairement aux mutins) n'ont pas été intégrés dans l'armée à la fin de la crise post-électorale de 2010-2011.

Les mutins campent sur leur position. Des négociations avec le commandement militaire de Bouaké ont échoué. Ils assurent être prêts à en découdre avec les forces loyalistes.

On est prêts
"Qu'ils nous envoient ce qu'ils veulent. On est prêts", a lancé à l'AFP un des mutins à Bouaké.

"Si on n'était pas prêts à se battre, on n'allait pas poser ces actes (agir ainsi)", a renchéri un autre.

Vendredi, un important dispositif loyaliste (Garde Républicaine, police et gendarmerie) avait été déployé à Abidjan, obligeant les mutins à se cacher.

"La situation est plus compliquée à Bouaké. N'oubliez pas qu'elle fut la capitale de la rébellion" à partir de 2002, a commenté Yao Kobena, enseignant à Bouaké.

Une large partie de ces rebelles, qui ont soutenu le président Alassane Ouattara lors de la crise de 2010-2011 contre l'ex président Laurent Gbagbo qui refusait de reconnaître sa défaite électorale, a ensuite été intégrée à l'armée. C'est ce contingent de 8.400 hommes qui a lancé la mutinerie de janvier.

Les mutins réclament les reliquats des primes promises par le gouvernement après ces mutineries de janvier qui ont ébranlé le pays.

Les mutins avaient réclamé 12 millions de francs CFA de primes (18.000 euros) pour chacun d'eux (des sommes importantes pour le pays), et obtenu le versement dès janvier de 5 millions (7.500 euros). On leur avait promis les 7 millions restants par tranche à partir de ce mois de mai.

Blessé à Korhogo
La situation était très tendue à Korhogo où un jeune à moto a été blessé par les mutins. "Quand les jeunes ont voulu emprunter la ruelle, le mutin a tiré sur le jeune devant nos yeux", a affirmé Adrien Kouamé, employé d'une pharmacie.

Les mutins avaient installé des barrages mais ils sont retournés dans leur caserne devant la colère des habitants.

"Nous sommes sortis pour protester contre leur soulèvement", a affirmé Daouda Soro professeur de mathématiques.

A Daloa, les mutins ont également tiré en l'air et bloqué la circulation mais là aussi la population a manifesté.
A Abidjan, la coalition soutenant Alassane Ouattara avait organisé un meeting de soutien qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes."Silence ADO (Alassane Ouattara) travaille" était inscrit sur une pancarte. "On en a assez de toutes ces mutineries. ll faut que ça s'arrête pour de bon", a dit Bakari Sangaré, 35 ans, agent de sécurité.

Jeudi, un représentant de soldats avait annoncé renoncer aux revendications financières, lors d'une cérémonie en présence du président Ouattara et d'autres soldats.

Cette cérémonie se voulait visiblement un point final à la protestation des forces de sécurité, mais a finalement déclenché un nouveau mouvement de grogne vendredi.
 
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