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Cartes biométriques Cedeao: une identification à 50 milliards de problèmes au Sénégal

Jeudi 8 Juin 2017

Le 27 mai 2016, l’Etat du Sénégal attribuait pour un montant de 50 milliards de francs Cfa le marché de confection des nouvelles cartes nationales d’identité biométriques à Iris Corporation Berhad de Malaisie. Mais si l’Etat se fonde sur la décision de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) visant à faciliter la circulation des personnes dans l’espace régional pour justifier une telle commande, le management de cette initiative pose déjà problèmes avec l’absence de certaines mentions jugées importantes (l’absence des noms des parents) et des lenteurs plus qu’inquiétantes dans leur délivrance.


Le marché de la confection des cartes d’identité biométriques de la Cedeao coûte 50 milliards de F CFA  au Sénégal. En fait, cela fait un an que l’Etat confiait le marché à la société malaisienne Iris Corporation Berhad. Une commande de 10 millions de cartes d’identité étalée sur 5 ans pour laquelle l’Etat débourse chaque année, au nom du contribuable et pour le compte d’Iris, la somme de 10 milliards de francs Cfa jusqu’à épuration  du montant de la transaction.
 
Si la mise en harmonisation de l’identification des personnes décidée par la Cedeao est une excellente initiative pour la circulation des personnes et permet de lutter contre le terrorisme et le grand banditisme transfrontalier, les cartes qui sont confectionnées par Iris pour les Sénégalais posent problème.
 
La première curiosité est que ce nouveau document ne comporte plus certaines mentions d’importance capitale pour identifier un citoyen.  Si les cartes qui sont fabriquées par la société malaisienne comporte les noms, prénoms, dates et lieux de naissance ainsi que les adresses des bénéficiaires, elles  ne font pas mention des noms du père et de la mère du titulaire.
 
En ayant fait le constat chez des détenteurs de la carte d’identité biométrique désireux de se faire établir un extrait du casier judiciaire, les services de la Justice leur  réclament l’ancienne carte d’identité.
 
C’est comme qui dirait que, comparées au document d’identification de la Cedeao, les anciennes cartes permettraient une identification plus rapide et plus fiable du citoyen. Quand deux personnes de même nom et âge sont soumis à une identification avec les cartes biométriques, à part  leurs empreintes, c’est à leurs parents qu’il faut recourir pour  les distinguer, fait-on observer.
 
Le retard que dénoncent les citoyens dans la délivrance des documents est un autre problème que les  services  de la Direction de l’automatisation du fichier (Daf)  jugent explicable mais  dont la persistance peut entraîner un contentieux préélectoral. A six semaines des élections législatives du 30 juillet, les documents biométriques sont délivrés à compte goute.
 
Si la Daf, appuyée par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, parle d’un léger retard et assure que toutes les cartes seront délivrées à temps, donc avant les législatives, dans les états-majors des partis de l’opposition par contre, on émet des craintes et on évoque la préparation d’un coup fourré. Le flux de citoyens vers les commissions de confection et de retrait des documents donnant droit au vote et dits «sécurisés» augmente les interrogations dans ce sens.
 
Si la distribution efficace des cartes biométriques est au cœur des préoccupations des Sénégalais, c’est qu’en plus de leur nécessité pour les cruciales élections législatives à venir,  les cartes d’identité qu’elles remplacent sont expirées.

Il est vrai qu’avec des arrêtés de prorogation, elles sont toujours valides aux Sénégal. Mais dans certains pays de la sous-région, il est à craindre que la date d’expiration soit opposée à leurs détenteurs qui pourraient être obligés de payer, faute d’avoir sous la main la nouvelle pièce.     
 
Pour rappel, Iris corporation Berhad qui semble avoir fait son trou au Sénégal, est la même entreprise malaisienne qui avait aussi raflé en 2007 la fabrication des passeports numérisés. Un marché que la Cour des comptes avait d’ailleurs jugé non conforme aux règles d’attribution d’un marché public. Cela avait mis l’ancien  ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom, sous les feux de la rampe.
 
A noter également qu’un haut dirigeant d’Iris, son directeur général adjoint Hamdan Mohd Hassa, est mis en cause, selon la  Commission malaisienne de lutte contre la corruption (MACC) dans des faits de corruption en Guinée et qui ont entraîné son arrestation. (Ndiogou Cissé)
 
 
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