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A propos de la justice politicienne du Sénégal

Samedi 21 Janvier 2017

A propos de  la justice politicienne du Sénégal
Les autorités de la République instrumentalisent à dessein le pouvoir judiciaire dans le but de combattre des adversaires politiques. L’arrestation du maire de la Médina Bamba Fall obéit à cette logique de sabotage, orchestrée par le président Macky Sall et sa majorité Benno bok yakaar. Il est regrettable que les autorités judiciaires acceptent de prêter le flanc au pouvoir exécutif pour fausser le jeu démocratique. Le maire Bamba Fall est victime de la lutte entre courants au sein du parti socialiste. Monsieur Ousmane Tanor Dieng est en train de rendre un mauvais service au PS, qui lui a tout donné.
 
Il faut se rappeler que le secrétaire général Tanor Dieng a été intronisé et imposé aux militants de base du parti par la seule volonté de l’ancien président Abdou Diouf lors du fameux Congrès sans débat. Beaucoup de dirigeants socialistes ont quitté le navire à cause de ce procédé fasciste digne du socialisme stalinien. Dans le jeu démocratique, le pouvoir judiciaire doit être à équidistance des partis politiques afin de pouvoir pleinement jouer son rôle de contrôle du processus électoral, du respect de l’exercice des libertés publiques et de l'application des lois et règlements en vigueur. Le pouvoir judiciaire n’a pas pour vocation à être le bras armé du pouvoir exécutif.
 
Les autorités politiques sénégalaises, pour l’essentiel, ne se soucient point du respect des règles de la vie démocratique. Ils sont toujours animés par un esprit partisan au détriment de l’intérêt général. L’affaire Bamba Fall doit faire appel à plus de retenue et du sens des responsabilités. Le procureur de la République est un agent de la puissance publique. Il doit observer une parfaite neutralité vis-à-vis du milieu politique. Il a l’obligation de ne suivre que sa seule conscience et doit être indépendant en toutes circonstances du pouvoir exécutif afin de dire le droit sans crainte pour sa carrière de magistrat.
 
« Justice sélective »
C’est à ce niveau que l’Union des magistrats du Sénégal doit s’imposer en prenant ses distances avec nos politiciens professionnels tant du pouvoir que de l'opposition. Le pouvoir judiciaire, depuis l'arrivée au pouvoir du président Macky Sall, est sous les projecteurs. Les citoyens sénégalais sont de plus en plus méfiants des acteurs de la justice. Ils sont soupçonnés de connivence avec le régime de notre président par défaut Macky Sall  pour harceler les opposants et les réduire au silence. L’exercice des libertés publiques est tout le temps remis en question par les autorités de la République sans que l’institution judiciaire ne dénonce cette violation manifeste et récurrente des droits constitutionnels des citoyens sénégalais. A titre d’exemple, le préfet prend toujours des arrêtés administratifs afin d'interdire des manifestations politiques pour des raisons fallacieuses (troubles à l’ordre public….).
 
La justice sénégalaise est sélective. Elle instruit les dossiers en fonction des injonctions du ministère de la justice et du statut social du justiciable. La justice est appliquée sévèrement sur les pauvres citoyens qui ne disposent pas de soutiens au niveau de la République. Souvent, des délinquants économiques et des criminels sont libres de toute poursuite. Les pilleurs de nos ressources publiques, la bande des 25 « voleurs » du procureur spécial monsieur Alioune Ndao, ne sont pas du tout inquiétés par le procureur de la République. Ils font profil bas tout en continuant à mener une vie de pacha sur le dos du contribuable. Ces sinistres personnalités ont profité de leurs positions au sein de nos administrations publiques et sociétés nationales pour détourner en toute impunité des sommes astronomiques.
 
Les citoyens sénégalais sont tous d’avis que la justice n’est pas administrée avec éthique et égalité. A partir du moment où nos politiciens professionnels orientent l’action de la justice pour protéger certaines catégories de personnes, le danger demeure imminent pour le simple citoyen. Les droits du citoyen sénégalais sont continuellement bafoués. Certaines personnalités lèsent parfois les droits de simples citoyens sans que ces derniers ne puissent pas obtenir réparation des dommages et préjudices subis. L’insécurité juridique du citoyen lambda sénégalais s’est accentuée au cours de ces dernières années. Le pouvoir judiciaire a pour rôle et obligation de protéger les personnes les plus vulnérables des exactions voire injustices de hautes personnalités.
 
Les dossiers Béthio Thioune et Thione Seck
Au Sénégal, nos dirigeants ne se gênent nullement pour s’appuyer sur leurs statuts ou positions dans la République  pour commettre des délits ou de bafouer les droits d’autrui. Beaucoup d'actes délictuels voire criminels dorment dans les tiroirs du département de la justice pour la simple raison que les auteurs de faits punis par la loi sont protégés soit par le président de la République Macky Sall soit par des lobbies politico-affairistes voire maraboutiques qui font une pression insoutenable et irresponsable aux autorités de la République.
 
On peut citer à titre d’exemple le cas de Béthio Thioune sur son implication dans le double meurtre sordide et lâche à tout point de vue de ses deux disciplines thiantacounes. Monsieur Bethio Thioune est libre et ne craint plus d’être condamné pour complicité de meurtre du fait de son rapprochement intéressé avec le chef de l’Etat Macky Sall. On peut également citer le cas du chanteur Thione Seck, poursuivi et remis en liberté provisoire dans une affaire de grand banditisme ayant trait à la multiplication de faux billets monétaires. Un crime économique de cette ampleur qui menace même la sécurité des affaires reste encore impuni. Monsieur Thione Seck, élargi de prison pour raisons de « santé préoccupante » renoue avec la musique alors que son complice est toujours en prison. Dites-nous, monsieur le procureur de la République et au-delà les autorités de la puissance publique, où se trouve la justice dans la manière dont cette affaire a  été instruite ?
 
Il existe l’affaire de l’incendie des biens de monsieur Moustapha Cissé Lo à Touba. Des individus ont pris la décision de réduire en cendres les biens du député pour se venger de ses propos irrévérencieux contre un membre important de la communauté mouride. La justice n’a pas condamné à sa juste mesure ces auteurs de vindicte populaire sauvage dans un État de droit. On peut citer le cas de monsieur Cheikh Mbacké Sakho. La justice sénégalaise a condamné ce dernier pour délit d’opinion afin de se conformer à la volonté de président Macky Sall d’apaiser ses liens avec la confrérie mouride  et de faire des menaces à peine voilées aux citoyens qui se risqueraient à critiquer le mode de fonctionnement de l’aristocratie maraboutique du Sénégal. Les affaires Cissé Lo et Mbacké Sakho se sont déroulées au sein de la communauté mouride et ont reçu des traitements différents. Nous avons droit dans ces affaires à une justice de deux poids deux mesures.
 
Appel aux magistrats du siège
 Il existe aussi d’autres cas d’actes délictuels non sanctionnés par la justice sénégalaise relatés par la presse et mettant en cause des personnalités ou de fils de ministres et d’hommes d’affaire. A travers ces exemples, on peut soutenir sans risque de nous tromper que la justice sénégalaise n’est pas du tout un pouvoir indépendant et qu’elle est sous le contrôle effectif du pouvoir exécutif qui l’utilise afin d'empêcher l’exercice des libertés démocratiques des citoyens sénégalais et des critiques sur la gestion partisane de Macky Sall.
 
Il est grand temps que les acteurs de la société civile mènent une campagne de communication en vue de dénoncer la soumission de la justice au pouvoir exécutif. Ils doivent aussi condamner l’arrestation de monsieur Bamba Fall. La plainte à tout point de vue lâche, honteuse, contraire aux faits incriminés de monsieur Tanor Dieng vise en réalité le maire de la ville de Dakar afin d’amenuiser sa détermination et sa volonté de conduire le parti socialiste à la magistrature suprême. Le procureur de la République doit faire preuve de courage et de responsabilité afin de se soustraire de l’immixtion dangereuse du président Macky Sall et de la coalition Benno bok yakaar dans les affaires judiciaires.
 
Une fois que le mal est commis par l’arrestation du maire de la Médina Bamba Fall, il revient aux magistrats du siège de rétablir le droit et de le libérer purement et simplement. La trahison d’Ousmane Tanor Dieng et sa soumission abjecte au président Macky Sall au détriment des intérêts intrinsèques du parti socialiste ne doivent pas servir de caution pour faire condamner des militants de tentative d’assassinat. Toute forme de violence gratuite doit être dénoncée, mais il appartient aux magistrats de requalifier les faits et de ne pas condamner les militants sur un coup de tête en raison de leur statut ou position idéologique.
massambandiaye2012@gmail.com
 
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