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96e anniversaire du Président des Assises nationales : HOMMAGE A MAHTAR MON EPOUX

Dimanche 19 Mars 2017

96e anniversaire du Président des Assises nationales : HOMMAGE A MAHTAR  MON EPOUX
Chers amis et parents,

Au nom de mes enfants, petits enfants, de mes gendres et de toute la famille, présente, ou absente, merci de tout cœur à tous nos honorables amis d’avoir répondu si nombreux à notre invitation pour fêter avec les siens le 90ème anniversaire de notre cher patriarche. Après les brillants exposés, tous magistralement structurés que nous venons d’entendre et qui m’ont particulièrement émue, permettez moi d’apporter une couleur plus sentimentale et même plus romantique à mon speech. D’ailleurs qu’attendre d’autre d’une épouse amoureuse ?
 
Cher Mahtar,
Il est assez difficile pour ton épouse et pour tes enfants de porter un témoignage sur toi. Une certaine pudeur, trop de fierté, trop d’admiration, trop d’amour, trop d’émotion. Tous ces « trop » émoussent notre plume, mais provoquent dans nos cœur un déferlement de sentiments qui se heurtent et se bousculent pour s’exprimer et finissent par « indiscipliner » (excusez le néologisme) notre raisonnement et nos paroles.

Bref, si j’énumérais tous les défis que tu t’es posés a toi-même ou que tu as du relever au cours de ta vie bien remplie, il me faudrait noircir les pages de plusieurs volumes. Alors que j’aurais tant à dire en ce jour béni que nous avons le bonheur et le privilège de fêter avec toi, j’ai tout simplement choisi de te faire savoir combien j’ai vécu profondément, passionnément ces 21.900 jours ou ces 525.000 heures que j’ai partagés avec toi. Ils ont constitué les grains d’un long chapelet de foi, de confiance et d’osmose, puisque de notre union est née notre belle famille.

Certes, passer d’une île indépendante où le nationalisme est rendu si fort par le poids d’une histoire prodigieuse qui nous enchaine au passé et nous enracine dans le sol natal, passer, dis-je, de cela à un continent colonisé, le mythique « paradis perdu » des Haïtiens, ne fut pas facile, mais tu ne t’es jamais lassé de me laisser découvrir par moi-même les beautés de l’Afrique et les valeurs de ses peuples. Tu as su tisser autour de moi avec nos enfants mille liens d’amour et de tendresse qui ont formé le cocon protecteur dans lequel s’est épanoui mon attachement au Sénégal.
 
90ans, mon cher époux : le sommet d’une pyramide que tu as escaladée parfois rudement mais toujours avec entrain, opiniâtreté, dépassement de toi-même et au dessus de ta foi en ALLAH.
 
90ans : j’évoque un baobab qui ne rompt pas malgré les puissantes rafales de la tornade mais dont les branches verdoyantes et ramifiées marquent la force de la vie, quand tout autour, la savane est desséchée et dénudée.

90ans, j’évoque les « mamelles », modestes hauteurs de la plaine de Dakar dressées face à l’Atlantique, ouvertes au souffle tempéré de cet océan, voie par laquelle s’effectua le honteux commerce des esclaves qui éloigna à jamais mes ancêtres de leur mère Afrique et qui constitua aussi le pont de mon retour vers le continent originel, ces « mamelles » aussi tournées, par delà l’étendue liquide, vers les apports diversifiés du monde.       

Le baobab, les mamelles, sont des images emblématiques de ton pays que tu aimes tant et que tu as tant servi. Ce sont les symboles qui s’imposent à moi pour définir les facettes de ton être, endurant, résistant, mais sensible à la diversité des cultures du monde et respectueux de leur spécificité.

Je soulignerai aussi la qualité de ta présence au sein de la famille, faite de charme naturel, de magnétisme et d’optimisme, une présence protectrice, chaleureuse, attentive et prévenante. Elle se fait sentir, même quand tu es éloigné, par mille signes avertisseurs, tant elle est intemporelle et télépathique. Elle a fait de toi un mari et un père exemplaires.

Je dirai, en parfaite concordance avec nos enfants et avec les témoignages de nos petits fils que tu es la Providence de la famille. Certains jugeront le mot un peu fort, cependant il suffit de t’approcher et de te connaitre pour comprendre qu’il est tout à fait approprié à ta personnalité, riche altruiste, dynamique et charismatique.

Ne voila-t-il pas que je tombe dans le travers des témoignages : trop laudatifs, trop panégyriques, la faute en est à l’homme que j’ai épousé et à tes 90 ans qui les valent bien. Très heureux anniversaire Daddy.

Cher auditoire, pardonnez-moi d’être un peu longue et d’abuser de votre bienveillante attention, mais je ne saurais terminer sans confirmer mon propos par la relation d’un moment de ton action pour moi à jamais mémorable.
 
Peu de gens savent que pendant ton service à la tête du service d’éducation de base au Sénégal, tu as été le premier à introduire dans quelques villages du Sénégal, le cinéma de septième art.
 
C’était en 1954, dans les profondeurs de la forêt de Casamance dans le village de Youtou-Efoque. La venue de l’équipe d’éducation de base avait été préparée par des entretiens avec les autorités du village et tu avais dû déployer une grande force de persuasion pour vous faire accepter. Quelques chefs étant franchement hostiles à l’intrusion de la modernité chez eux.
Comme d’habitude, l’équipe de l’audiovisuel avait réalisé un petit film sur les spécificités du village avec quelques acteurs bénévoles de la localité.
 
La séance de projection avait été annoncée dans la journée pour la soirée. Hélas, une rumeur se propagea : les chefs avaient déclaré la projection « gnigni », c’est-à-dire taboue, donc interdite. Devant la déception résignée de l’équipe, tu te lanças le défi d’aller défendre ton programme face à ces récalcitrants. Tu finis par les convaincre de voir avant de juger et si, après la projection leur avis n’avait pas changé, ton équipe en prendrait acte. 

Le soir venu, tout le village se pressait bruyamment dans et aux abords de la grande case. Les chefs étaient placés devant. Le silence total se fit quant l’écran fut déroulé et que les projecteurs allumés grâce à un puissant groupe électrogène s’éteignirent. Quand les premières images envahirent la toile, une clameur indescriptible s’éleva du public. Je n’oublierai jamais ces moments où la magie du cinéma opéra.
 
Je n’oublierais jamais ces visages de jeunes, d’adultes et de vieillards transfigurés, transportés par ce « jamais vu ». Quelques uns, éberlués, ahuris – dont le chef du village – découvraient pour la première fois l’image de voisins ou d’amis projetée devant eux sur l’écran. Les commentaires et les interpellations allaient bon train dans leur langue, hélas incompréhensible pour nous. Comme il eut été instructif d’entendre leurs réactions à chaud !  
 
Quand après le documentaire local succéda un film de Charlie Chaplin, ce fut du délire, tant les mimiques et le jeu expressif de cet acteur muet avaient enthousiasmé le public captivé par cette découverte éblouissante de l’image animée.
 
Les villageois en redemandèrent tous les soirs que dura la mission et les chefs conquis n’étaient pas le moins assidus, ni les moins réactifs. Ils furent les premiers à te féliciter de leur avoir fait découvrir cette perle de la civilisation. Cette mission fut l’une des plus réussies et des plus gratifiantes puisque l’école que vous y aviez fondée a prospéré et est devenue un important collège.

Et bien c’est ainsi que je te vois toujours, apportant le progrès et son mieux-être à ces populations isolées, leur ouvrant le monde du savoir, de ses exigences et de ses satisfactions, offrant à leur intelligence de nouveaux champs de réflexions et de communication, comme tu l’as faits pour tes enfants, petits enfants, élèves et étudiants.
 
En conclusion, il me vient cette formule qui résume la quintessence de toute ta vie : j’apprends donc je suis, j’éduque donc je vis ! 
 
Heureux anniversaire Daddy Mame ; Savoure en paix ces années de récolte, « une sacrée moisson » après que tu ais tant défriché, labouré, semé, planté et engrangé avec l’amour, l’affection, l’estime et la vénération que tous te donnons à profusion.
Ton Epouse R.F.M -  (Source: revue de presse de Mamadou Ly)

 
 
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