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3 Questions à… Abdou Khadre Lo (*) : "Notre justice peut et doit être plus indépendante."

Vendredi 10 Février 2017

Quel est l’état actuel des libertés et de la démocratie au Sénégal ?
« Quoi qu’on puisse en dire, il me semble que le Sénégal reste un pays démocratique et où les libertés des uns et des autres sont globalement respectées. Maintenant, il est clair que selon que vous avez un certain capital social (familial, religieux,…) ou socio-économique (catégorie socio-professionnelle, appartenance politique, carnet d’adresses,…), votre capacité à surfer sur les lois et règlements sera différente. Oui, comme dans tous les pays, il y a des inégalités à tous les niveaux et même devant la justice.
 
Cependant, le Sénégal ne se porte pas trop mal dans le concert des nations si on considère la situation globale. La liberté de presse et d’opinion y est une réalité. La liberté de culte et d’entreprendre aussi. Nous sommes dans le peloton de tête en Afrique, avec des pays tels que le Cap-Vert, l’île Maurice, le Ghana ou le Bénin.
 
Maintenant, si vous pensez aux différents feuilletons politico-judiciaires, le constat sera amer. Notre justice peut et doit être plus indépendante. Elle n’a pas pris ses distances avec le pouvoir exécutif, notamment dans certains dossiers qui font la une des médias. Pour espérer une réelle séparation des pouvoirs, il faudrait peut-être penser à réformer en profondeur le système. Mais, comme les différents régimes ont trouvé leur compte dans le statu quo, les choses risquent, malheureusement, de rester inchangées pour un moment.
 
À quel niveau le régime du Président Sall a-t-il péché ?
Au niveau de la livraison de la promesse en matière de gouvernance sobre et vertueuse. « When it comes to deliver », comme disent les Anglo-Saxons. Il y a très certainement des réalisations d’infrastructures mais le constat qu’on peut faire est que certaines pratiques, pour ne pas dire toutes, persistent. Le président Macky Sall avait carte blanche pour changer les habitudes et les pratiques. Force est de constater que nous sommes loin de la promesse. Chacun peut considérer son domaine de compétence pour s’en rendre compte. Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Le contexte y est favorable.
 
Que faut-il pour amélioration l’état de la démocratie ?
De mon point de vue, la clé s’appelle « volonté politique ». L’envie d’opérer les ruptures promises à tous les niveaux. Malheureusement, les calculs politiques semblent prendre le dessus sur tout. Les gouvernants sont certes des politiques – donc avec des calculs légitimes – mais il n’ y a rien de plus dangereux pour une démocratie que la vision à court terme qui crée le désenchantement. L’action politique pourrait s’inscrire dans la durée. Ne pas privilégier la prochaine élection sur la prochaine génération. Il paraît que c’est cela qui différencie les hommes politiques des hommes d’Etat. »
 (*) (Directeur Général de « Primum Africa Consulting », Directeur Afrique de « Access Partnership »)
 
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